Monde
En Birmanie, les statues du père de l’indépendance disparaissent une à une
Le général Aung San, héros national assassiné en 1947, voit ses monuments retirés depuis le coup d’État de 2021. La junte militaire cherche à effacer…

Le général Aung San, héros national assassiné en 1947, voit ses monuments retirés depuis le coup d’État de 2021. La junte militaire cherche à effacer l’héritage de sa fille, Aung San Suu Kyi, figure déchue de la démocratie.
Dans plusieurs villes birmanes, les statues d’Aung San ont été démontées ces derniers mois. À Rangoun, une imposante effigie a disparu du parc Thu Mingalar, remplacée par de l’herbe fraîche. D’autres ont été retirées dans différents quartiers. Ces monuments honoraient pourtant celui qui a mené le pays vers l’indépendance, avant d’être abattu quelques mois seulement avant la libération définitive. Beaucoup avaient été installés lorsque le parti de sa fille, la Ligue nationale pour la démocratie, était au pouvoir, entre 2016 et 2021. Aujourd’hui, la junte dirigée par Min Aung Hlaing les fait enlever.
Les autorités justifient ces retraits par des raisons esthétiques ou historiques. La porte-parole du gouvernement militaire a expliqué que certaines statues avaient des « formes et proportions incorrectes ». Elle a affirmé qu’il s’agissait d’une maintenance nécessaire pour respecter la mémoire du héros et permettre aux générations futures d’étudier l’histoire correctement. Mais les habitants ne sont pas dupes. Un riverain de Rangoun confie que l’armée veut « décrédibiliser politiquement » Aung San Suu Kyi et son parti. « Ils ont déjà le pouvoir et les armes, je ne sais pas ce qu’ils craignent », ajoute-t-il. Selon lui, ces statues retirées étaient parfaitement conformes.
La figure d’Aung San divise pourtant le pays. S’il est vénéré par la majorité bamare, les minorités ethniques comme les Kachin ou les Karenni le voient d’un autre œil. Elles combattent le pouvoir central depuis des décennies et ont leurs propres héros. Un responsable politique issu d’une minorité estime que les statues ont été installées uniquement pour servir les intérêts du parti d’Aung San Suu Kyi. « L’époque de la LND est révolue », dit-il, jugeant qu’il n’est pas nécessaire de conserver autant de représentations du général. Depuis le putsch, plusieurs factions ethniques se sont alliées aux guérillas pro-démocratie pour lutter contre la junte. Le symbole même d’Aung San reste un champ de bataille, entre effacement et résistance.
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