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Culture

Le retour en force des fanzines artisanaux au Japon

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Alors que l’édition papier s’effondre au Japon, une nouvelle génération d’artistes et de lecteurs se tourne vers les magazines faits main. Loin des algorithmes, ils redécouvrent la chaleur et la sensualité du papier imprimé.

Dans une imprimerie de Kyoto, le bruit des presses et l’odeur de l’encre emplissent l’air. Devant leurs yeux, deux artistes regardent leur travail prendre vie sur le papier. Kazuma Obara et Akihico Mori ne se contentent pas d’être photographe et écrivain. Ils ont choisi d’utiliser une presse ancienne, mise à disposition par un journal local qui cherche de nouveaux débouchés face à la baisse des abonnements. Pour eux, le papier est un média qui fait appel à tous les sens, contrairement aux écrans. « On peut donner un journal, le lire ensemble », explique Obara. « Les téléphones sont très cloisonnés. »

Leur photo-essai a été présenté au célèbre festival Kyotographie, qui a lieu chaque année dans la ville. Mais leur démarche s’inscrit dans un mouvement plus large. Au Japon, le secteur de l’édition traditionnelle souffre. Les ventes de livres et de magazines ont chuté de 40% depuis 1996, et la diffusion des journaux a été divisée par plus de deux depuis son pic de 1997. Pourtant, dans ce paysage morose, l’autoédition et les fanzines connaissent un véritable essor. Ces publications, nées dans les années 1930 chez les fans de science-fiction américains, séduisent aujourd’hui un public varié, des adolescents aux septuagénaires.

Ce n’est pas un hasard si les jeunes s’y intéressent particulièrement. « C’est intéressant précisément parce que c’est ancien », confie un responsable de l’imprimerie. Le marché de l’autoédition au Japon est estimé à plus de 800 millions d’euros, soit presque le double d’il y a quatre ans. Un salon à Tokyo, qui rassemble des dizaines de créateurs de fanzines, a connu un grand succès. Une visiteuse de 22 ans, Harumi Kikuchi, y voit une résistance face à l’intelligence artificielle et aux réseaux sociaux, qui ne montrent que ce qu’ils veulent bien nous montrer. « Il existe de nombreuses autres visions du monde », dit-elle.

Les artistes eux-mêmes revendiquent la matérialité de leur travail. Watashi Kishino dessine à la main son quotidien en noir et blanc. Elle reconnaît que la technologie numérique permet beaucoup de choses. Mais pour elle, « tenir quelque chose dans ses mains a un charme unique ». Même les grandes librairies s’y mettent. À Tokyo, une librairie centenaire du quartier de Jimbocho a commencé à exposer des revues auto-éditées il y a un an. Son directeur adjoint estime que ces zines attirent un public différent des lecteurs classiques.

Malgré l’omniprésence du numérique et les craintes que l’IA ne remplace les créateurs, le papier semble avoir encore de beaux jours devant lui. « Il y a une chaleur que seul le papier peut offrir », conclut Watashi Kishino. Et tant que des artistes continueront à mettre les mains dans l’encre, cette flamme ne s’éteindra pas.

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