Société
Le mémorial de Rivesaltes se redéfinit comme un bastion face aux réécritures de l’histoire
Dix ans après son inauguration, le musée du camp de Rivesaltes présente une exposition permanente entièrement repensée. L’établissement entend jouer un rôle de garde-fou contre les manipulations mémorielles.
La ministre déléguée aux Anciens combattants, Alice Rufo, a inauguré vendredi le nouveau parcours muséal de ce site où l’État a enfermé, selon la directrice du mémorial Céline Sala Pons, « ceux qu’il jugeait indésirables » au fil des décennies. Ouvert en 1939, le camp de Rivesaltes, situé dans les Pyrénées-Orientales sur une plaine aride à une quinzaine de kilomètres de Perpignan, a d’abord abrité des exilés républicains espagnols. Il a ensuite accueilli des populations juives et tsiganes victimes des politiques raciales du régime de Vichy, puis des prisonniers allemands et des collaborateurs à la Libération. À partir de 1962, après l’indépendance de l’Algérie, près de 22 000 harkis et membres de leurs familles y ont été internés.
Le musée explore l’ensemble de ces histoires douloureuses grâce à une exposition permanente rénovée et enrichie, fruit d’un investissement de 2,6 millions d’euros de la région Occitanie. La présidente de la région, Carole Delga, a souligné que le mémorial veille sur la mémoire des plus de 60 000 personnes internées dans des conditions inhumaines. Elle a également estimé qu’à une époque où la vérité historique est contestée et les récits instrumentalisés, ce lieu constitue un rempart contre les tentatives de falsification du passé.
À l’automne dernier, le député Rassemblement national Laurent Jacobelli avait qualifié le mémorial de « temple du wokisme » diffusant une pensée de gauche et pro-migrants, tout en dénonçant un oubli de la mémoire des harkis. Début de semaine, le maire RN de Perpignan et président de l’agglomération, Louis Aliot, a critiqué une politique mémorielle de l’État « à sens unique et toujours au désavantage de la France et de ceux qui l’ont servie ». Il a notamment pointé la présence de la ministre en Algérie le 8 mai pour commémorer les massacres de Sétif en 1945, estimant que les harkis et les pieds-noirs méritent des reconnaissances officielles. Il a invité Alice Rufo à se recueillir devant le mur des disparus à Perpignan, en mémoire des victimes civiles de la guerre d’Algérie.
Selon le programme officiel de sa visite diffusé jeudi, la ministre ne prévoit pas de donner suite à cette invitation. Elle débutera son déplacement dans les Pyrénées-Orientales par un recueillement devant le monument à la mémoire des militaires français portés disparus en Algérie, à Port-Vendres.
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