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Le futur aéroport de Mayotte divise déjà avant même d’avoir vu le jour

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Un projet d’infrastructure majeur, censé remplacer l’actuelle plateforme de Dzaoudzi jugée trop contraignante, suscite une vive controverse entre partisans de la modernisation et défenseurs de l’environnement.

Sur l’archipel de Mayotte, le dossier du futur aéroport de Bouyouni cristallise les tensions. Annoncé pour 2036, ce nouvel équipement doit pallier les limites techniques de l’aéroport de Dzaoudzi, dont la piste de 1 930 mètres interdit le décollage des avions long-courriers à pleine charge. Le site retenu, situé dans le nord de Grande-Terre, a été choisi pour son éloignement du littoral et son altitude, censés le protéger des risques naturels. Un décret publié mi-avril a classé le projet dans la catégorie des aéroports les plus importants, ouvrant la voie à l’enquête publique. La déclaration d’utilité publique est attendue avant la fin de l’année.

L’idée d’un nouvel aéroport n’est pas récente. Évoquée dès 2011, elle répond à une demande récurrente des élus locaux, qui réclament une piste plus longue pour désenclaver le territoire. L’allongement de la piste de Dzaoudzi a longtemps été envisagé, mais les contraintes géologiques et urbaines ont eu raison de cette hypothèse. En avril, le président de la République a tranché en faveur de Bouyouni. L’activité sismique enregistrée depuis l’apparition d’un volcan sous-marin en 2018, qui a provoqué un enfoncement du sol de 19 centimètres, a également pesé dans la décision. Selon la Direction générale de l’aviation civile, agrandir l’aéroport actuel coûterait sept milliards d’euros et imposerait une interruption totale du trafic aérien pendant dix-huit mois. La piste connaît déjà des submersions marines, entraînant annulations et retards de vols.

Le projet de Bouyouni prévoit une piste de 2 730 mètres et des infrastructures s’étendant sur 490 hectares, dont 369 hectares de terres agricoles. Un coût estimé à 1,2 milliard d’euros, qui représente plus d’un tiers des investissements prévus par la loi de programmation pour la refondation de Mayotte. Mais les opposants dénoncent une aberration écologique et agricole. Le site figure parmi les zones les plus fertiles de l’île, et sa transformation compromet les objectifs d’autonomie alimentaire. Les défenseurs des agriculteurs soulignent la difficulté d’accès au foncier et regrettent qu’un tel projet consomme des centaines d’hectares de terres cultivables. La menace sur trois nappes phréatiques situées sous le site inquiète également, dans un territoire confronté à une pénurie d’eau chronique.

En Petite-Terre, la crainte d’une délocalisation des emplois liés à l’aéroport actuel alimente les réticences. Les représentants des taxis locaux redoutent une perte d’activité significative. Pourtant, le projet bénéficie du soutien de certaines organisations écologistes. Pour elles, l’extension de l’aéroport de Dzaoudzi aurait nécessité de bétonner le récif corallien sur trois kilomètres, un impact bien plus lourd que celui du site de Bouyouni, même si ce dernier empiétera sur des espaces naturels.

Le calendrier prévisionnel table sur une maîtrise du foncier d’ici fin 2028, un début des travaux en 2027 et une ouverture en 2036. Mais dans un territoire marqué par la complexité des expropriations et les conflits de propriété, les délais pourraient s’allonger, comme c’est souvent le cas pour les grands chantiers à Mayotte.

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