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Le feu s’éteint en Gironde mais l’angoisse démarre

Les incendies de Gironde sont enfin sous contrôle après des jours de lutte. Le soulagement des habitants est pourtant gâché par la peur de l’après.

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Le feu s'éteint en Gironde mais l'angoisse démarre

Les incendies de Gironde sont enfin sous contrôle après des jours de lutte. Le soulagement des habitants est pourtant gâché par la peur de l’après.

L’air de la Gironde garde une odeur de cendre et d’amertume. Les flammes qui ont dévoré les forêts du sud-ouest se sont stabilisées ce jeudi, mais aucun habitant ne crie victoire. Nina Rosazza tient une métallerie à Andernos, sur le bassin d’Arcachon. Chaque jour depuis presque une semaine, elle et son mari apportent une citerne pour ravitailler les pompiers qui surveillent les dernières fumerolles à Lanton. « C’est le début de la fin du feu, mais aussi le début de la crise », lâche-t-elle. Cette région vit du tourisme. Et l’été, lui, est mort. « Pour les hébergements, les commerçants, les restaurateurs, la saison est cramée », souffle l’artisane. Les arbres morts finiront par se coucher, mais les dégâts écologiques et visuels, eux, ne s’effacent pas.

À Marcheprime, à une vingtaine de kilomètres de là, les pompiers traquent les braises encore actives sous le sol noirci. La trêve reste fragile. D’autres corps de métier entrent déjà en scène. Clément Laveaud, technicien chez Enedis, arpente les parcelles calcinées pour inspecter les postes électriques. « Pour nous, ça ne fait que commencer, c’est l’étape de la reconstruction qui démarre », prévient-il. Les bénévoles, eux, sentent la fatigue s’accumuler. Sur une aire de covoiturage transformée en camp de base, Florian Gazeau, 32 ans et patron d’une agence de communication, a monté une cantine improvisée avec les voisins. Sa mère et sa sœur préparent des crêpes, d’autres apportent de l’eau fraîche. Le jeune homme a mis sa vie professionnelle entre parenthèses. De toute façon, les entreprises locales sont à l’arrêt. « On vit tellement au jour le jour qu’on ne pense pas encore à l’après. On pleurera plus tard », confie-t-il.

Souad Dubos, assistante maternelle dans le civil, distribue des plats de pâtes et de la ratatouille. Elle est épuisée. Les évacuations ont éparpillé sa famille à travers toute la région. « Je ne les ai pas vus depuis une semaine », ajoute cette mère de famille. L’entreprise de son fils est également à l’arrêt. Pourtant, elle refuse de céder à la panique. « L’argent, ça finira par revenir. Pour l’instant, c’est la vie des gens et celle des pompiers qui compte », assure-t-elle. Son autre fils est justement sapeur-pompier, déployé sur les incendies.

Pour certains, l’accalmie permet enfin de relâcher la pression. Jean-Pierre Glenadel, 82 ans, n’a jamais quitté sa maison de Lanton malgré l’ordre d’évacuation. Cet ancien militaire et pompier à la retraite avait pourtant préparé ses papiers et ses valises avec sa femme et son fils. Mais sur le bord de la route, la circulation était complètement bloquée. La famille a fait demi-tour. Depuis, l’octogénaire tient bon, confiné chez lui. « J’ai mis trop de temps pour avoir ce que j’ai eu », avance-t-il en arrosant son jardin, autant pour se protéger des flammes que pour faire passer le temps. Le huis clos imposé par les cendres pèse, avoue-t-il. Mais l’horizon s’éclaircit lentement. Jean-Pierre espère que Lanton et les autres villages pourront rouvrir leurs accès ce week-end. La convalescence, elle, sera longue.

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