Europe
Le candidat au chapeau de paille qui veut la revanche des oubliés du Pérou
Roberto Sanchez a misé sur le symbole de Pedro Castillo pour rallier les campagnes. Ce psychologue de 57 ans promet de bouleverser le modèle économique du pays.
Pendant toute sa campagne, Roberto Sanchez n’a jamais quitté son chapeau de paille de palmier. Un accessoire offert, devenu l’étendard de sa candidature. Ce n’est pas un simple clin d’œil à la mode andine. C’est une déclaration politique. Issu d’une famille qui a quitté les Andes du sud pour la capitale, ce psychologue de 57 ans veut incarner les exclus, ceux que les élites de Lima ignorent. « Je viens d’en bas », a-t-il lancé lors d’un débat présidentiel. « Je ne trahirai pas notre peuple, surtout les plus pauvres. » À la tête du parti « Juntos por el Perú », il assure porter la parole des régions rurales et pauvres, celles qui ont porté Pedro Castillo au pouvoir en 2021.
Son lien avec l’ancien président destitué est central. Roberto Sanchez a été ministre sous Castillo, puis s’en est éloigné avant de renouer avec lui. Aujourd’hui, il promet de gracier son mentor s’il accède à la présidence. Il lui rend régulièrement visite en prison. Lors de la clôture de sa campagne du premier tour, il est même arrivé à cheval, imitant Castillo. Un geste qui a payé : alors qu’il était cinquième dans les sondages, il a créé la surprise en se hissant en tête parmi 35 candidats. Pour le politologue Fernando Tuesta, ce n’est pas un hasard. « Il a compris que le chapeau n’était pas qu’un simple accessoire, mais une clé. Avec Castillo, il est devenu l’incarnation d’un espoir de revanche. » Un « vote identitaire » de la population andine, selon lui.
Sa base la plus solide se trouve dans le sud andin, chez les populations rurales et modestes. Carlos Meléndez, politologue, résume : « Il incarne le vote castilliste, celui de la gauche radicale, provinciale et rurale, qui déplore le départ prématuré de Castillo. » Mais Sanchez reste moins populaire que son mentor. Lors de sa candidature au Parlement pour Lima, il n’avait récolté qu’environ 14 000 voix. Il mise donc sur la contestation. Il promet une rupture avec le modèle libéral instauré en 1993 sous Alberto Fujimori, le père de sa rivale Keiko Fujimori. Il veut convoquer une Assemblée constituante, instaurer un État plurinational et s’inspire de l’ancien président bolivien Evo Morales. Se revendiquant du social-christianisme, il se dit « pro-vie et pro-famille » et propose une réforme judiciaire où juges et procureurs seraient élus au suffrage universel. Sur le plan des idées, il prend ses distances avec le communisme « Je respecte les communistes, mais je n’en suis pas un », a-t-il assuré. Mais son chemin vers le second tour est semé d’obstacles. Le parquet a réactivé une enquête pour de présumées fausses informations sur le financement de sa campagne parlementaire. Un dossier qui pourrait peser dans un scrutin déjà très polarisé.
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