Monde
L’Arménie face à l’incertitude d’une médecine souterraine
Dans les profondeurs d’Erevan, un centre de soins historique, autrefois financé par l’État, lutte pour sa survie. Sa spécialité, la spéléothérapie, cristallise un débat plus large sur la place des thérapies alternatives dans les systèmes de santé modernes.
Un ascenseur industriel transporte des patients équipés de casques vers les galeries d’une ancienne mine de sel, à plus de deux cents mètres sous la surface. Cet univers minéral, où la température se maintient constamment, abrite une clinique dédiée au traitement des affections respiratoires. Ouvert en 1987, cet établissement a longtemps fonctionné grâce au soutien des autorités sanitaires soviétiques puis arméniennes, offrant des cures gratuites. Cette époque est révolue. Depuis 2019, le ministère de la Santé a retiré son financement, invoquant l’absence de preuves scientifiques suffisantes pour valider l’efficacité de ces traitements.
La méthode pratiquée, la halothérapie ou spéléothérapie, consiste à exposer les patients à l’atmosphère particulière des cavités souterraines, réputée pour sa faible teneur en allergènes et sa richesse en minéraux. Ses partisans, dont des médecins du centre, affirment observer des améliorations notables, notamment chez des enfants souffrant d’asthme. Pour ses défenseurs, il s’agit d’un héritage thérapeutique précieux qui mériterait d’être préservé et étudié comme un complément à la médecine conventionnelle.
Cependant, les données cliniques robustes manquent. Les publications scientifiques sur le sujet restent rares en Arménie, comme le soulignent certains professionnels de santé. Cette carence en évaluation à grande échelle a pesé dans la décision des autorités. Celles-ci ont réorienté les ressources publiques vers la prise en charge des pathologies à forte mortalité, dans le cadre de la mise en place d’une assurance maladie universelle. Le nombre de curistes a dès lors chuté de manière drastique, mettant en péril la viabilité économique du site.
La direction de la clinique évoque des difficultés croissantes pour assurer la maintenance des installations et rémunérer son personnel. Face à cette impasse, l’État, actionnaire majoritaire, envisage désormais une privatisation. L’objectif est d’attirer des investisseurs susceptibles de pérenniser l’activité, éventuellement en la transformant en centre de recherche ou en destination de tourisme médical. En attendant une issue, patients et soignants plaident pour la reconnaissance de cette pratique, estimant qu’elle représente une option thérapeutique singulière dont la disparition serait une perte.
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