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L’Arménie aux urnes pour trancher entre Moscou et l’Occident

Ce dimanche, les Arméniens votent pour des législatives qui pourraient sceller l’avenir diplomatique du pays. Au cœur du scrutin le choix entre une…

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L'Arménie aux urnes pour trancher entre Moscou et l'Occident

Ce dimanche, les Arméniens votent pour des législatives qui pourraient sceller l’avenir diplomatique du pays. Au cœur du scrutin le choix entre une alliance historique avec la Russie et un rapprochement risqué avec l’Union européenne.

Depuis l’aube, les bureaux de vote sont ouverts en Arménie. Ce scrutin législatif est bien plus qu’un simple renouvellement de l’Assemblée. C’est un test grandeur nature sur la volonté des Arméniens de suivre leur Premier ministre, Nikol Pachinian, dans sa grande manœuvre géopolitique. L’homme arrivé au pouvoir en 2018 sur une vague de protestations populaires a profondément changé de cap. Alors que la Russie et l’Arménie sont liées depuis des siècles, Pachinian a tourné le dos à Moscou après la défaite militaire de 2020 face à l’Azerbaïdjan et la perte du Karabakh en 2023. Il reproche à la Russie de ne pas être intervenue pour protéger son allié. Résultat il a gelé la participation arménienne à l’alliance militaire régionale menée par Moscou et multiplie les gestes envers Washington et Bruxelles. Fin mai, le président américain Donald Trump a même apporté son soutien « total » à Pachinian.

Mais cette réorientation ne plaît pas au Kremlin. Vladimir Poutine a rappelé que le rapprochement de l’Ukraine avec l’Union européenne avait été à l’origine de la guerre qui déchire le pays depuis 2022. Une mise en garde à peine voilée. La Russie a aussi frappé économiquement en interdisant l’importation de produits agricoles arméniens. Pourtant, Pachinian assure ne pas vouloir rompre avec Moscou et promet une politique étrangère d’équilibre. « Nous accepterons le choix du peuple, quel qu’il soit », a-t-il déclaré en sortant de son bureau de vote. Le Premier ministre a présenté ce scrutin comme une question de vie ou de mort. Selon lui, si son parti perd la majorité, une « guerre catastrophique » avec l’Azerbaïdjan pourrait éclater. Son principal adversaire, l’homme d’affaires russo-arménien Samvel Karapetyan, met en garde contre une « ruée imprudente » vers l’Occident et rappelle que la Russie reste le premier partenaire économique et le principal fournisseur d’armes et d’énergie de l’Arménie.

Le contexte est lourd. L’Arménie est encore sous le choc de l’exode de dizaines de milliers d’Arméniens du Karabakh après l’offensive éclair de Bakou en 2023. Beaucoup reprochent à Moscou de n’avoir pas empêché cette perte. Mais une partie de la population craint aussi de s’éloigner trop vite de la Russie, où vivent et travaillent de nombreux Arméniens. Les Européens, eux, ne cachent pas leur préférence. Un sommet de soutien au partenariat UE-Arménie s’est tenu à Erevan début mai. Le parti Contrat civil de Pachinian est donné en tête dans les sondages, mais avec 19 partis en lice pour 101 sièges, le risque d’un Parlement fragmenté est réel. Huit ans après son arrivée au pouvoir sur la promesse de démanteler le système oligarchique, le Premier ministre essuie des critiques croissantes. « L’Arménie dérive du populisme vers des méthodes de gouvernance autoritaires », estime un analyste indépendant. Pourtant, pour beaucoup, l’opposition reste associée à l’influence russe et aux vieux réseaux. « J’ai voté pour la paix. Seul Pachinian peut apporter la paix », confie un artisan de 63 ans. Un autre électeur, lui, a voté pour un parti d’opposition, pour « le changement en politique étrangère, intérieure et dans les négociations avec l’Azerbaïdjan ». Le verdict des urnes dira si les Arméniens préfèrent un pivot risqué vers l’Ouest ou un retour prudent dans le giron russe.

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