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L’ancien président clame son innocence au terme du procès libyen en appel

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La voix brisée par l’émotion et la colère, Nicolas Sarkozy a livré mercredi une ultime déclaration passionnée devant la cour d’appel, rejetant avec véhémence les accusations de financement illicite de sa campagne de 2007 par le régime de Mouammar Kadhafi.

Au moment où le président de la cour, Olivier Géron, a annoncé la mise en délibéré au 30 novembre, l’ancien chef de l’État, âgé de 71 ans, a demandé à prendre la parole une dernière fois. Après avoir observé un silence mesuré pendant plus de deux mois d’audience, celui qui fut avocat et figure dominante de la droite a laissé éclater une indignation longtemps contenue. Sa voix s’est durcie, son visage s’est fermé. « Cette affaire de prétendu financement libyen de ma campagne a commencé dans le mensonge et dans le complot, a-t-il déclaré. Elle doit finir dans la vérité et dans la transparence. »

Le parquet général a requis sept années d’emprisonnement à son encontre pour association de malfaiteurs, corruption et financement illégal de campagne électorale. Les magistrats l’accusent d’avoir conclu un pacte corruptif avec des proches du dictateur libyen. « Ce n’est pas un procès historique, pas un roman, c’est ma vie, a répliqué Nicolas Sarkozy. Je demande à être jugé pour ce que j’ai fait, non pour ce que je suis. »

Condamné en première instance en septembre 2025 à cinq ans de prison, il a déjà été incarcéré vingt jours à la prison de la Santé, une première pour un ancien président de la République. Cette expérience l’a profondément marqué. Il a confié aux trois magistrats qu’il attendrait la décision du 30 novembre « pas comme un ancien président de la République mais comme un homme qui va se demander tous les jours en se réveillant, tous les soirs en se couchant: est-ce que je vais y retourner ? »

L’ancien président, qui n’avait pas daigné regarder les avocats généraux durant leurs trois jours de réquisitoire, s’est tourné vers eux, les fixant droit dans les yeux. Au bord des larmes, il s’est dit « blessé » que l’accusation ait suggéré que son élection de 2007 avait été « biaisée » ou qu’il ait été « un président sous influence étrangère ». « Pas ça, par pitié, pas ça », a-t-il lancé. Puis, s’adressant à la cour, il a ajouté: « Je tiens à mon pays et je ne peux pas croire que dans la France de 2026, un homme soit condamné à sept ans de prison pour des faits qu’il n’a pas commis et contre lequel après quatorze ans d’enquête, il n’y a aucune preuve. »

Son équipe d’avocats a ensuite brocardé le dossier judiciaire, le qualifiant de « roman grotesque », de « construction creuse et artificielle », de « folles accusations ». L’un d’eux, Christophe Ingrain, a souligné que son client n’aurait pas été informé des rencontres de ses proches, Brice Hortefeux et Claude Guéant, avec le numéro deux du régime libyen Abdallah Senoussi en 2005. Ces conciliabules auraient scellé un pacte: de l’argent en échange de contreparties, notamment un examen de la situation pénale de ce dignitaire, condamné à la perpétuité en France pour avoir commandité l’attentat contre le DC-10 d’UTA en 1989. « Avez-vous compris quand le prétendu pacte corruptif a été scellé ? Pas moi », a lancé Me Ingrain.

Un autre conseil, Me Sébastien Schapira, a plaidé le « bon sens », insistant sur l' »invraisemblance » du récit d’un homme « aux portes de l’Élysée » qui irait « se mettre dans un pacte faustien » avec « un fou furieux », Mouammar Kadhafi. « On ne condamne pas sur une hypothèse », a-t-il martelé. « Le doute abyssal qui traverse ce dossier depuis le premier jour doit aboutir à rendre à Nicolas Sarkozy son honneur. » Une condamnation le 30 novembre pour corruption avec une puissance étrangère, une dictature criminelle, laisserait une marque plus profonde que celles, définitives, dans les affaires dites des écoutes et Bygmalion.

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