Économie
La vigne retrouve l’ombre salvatrice des arbres face au dérèglement climatique
Face aux canicules et à la sécheresse, la viticulture française explore le retour des arbres dans les parcelles pour protéger le raisin et améliorer la résilience des exploitations.
Dans le nord de la vallée du Rhône, une parcelle de vigne se distingue par la présence d’érables et d’arbres fruitiers. Ce mélange, appelé vitiforesterie, vise à recréer un écosystème plus diversifié pour contrer les effets du réchauffement climatique. Un vigneron de la région a ainsi planté plusieurs centaines de pommiers, poiriers, pêchers ou noisetiers entre les rangs de syrah depuis 2020. L’objectif est de fournir de l’ombre, de l’humidité et de réduire les températures extrêmes sur les grappes. Selon lui, cette parcelle a mieux résisté aux vingt jours de canicule d’août 2025, avec un rendement correct, contrairement aux vignes en monoculture.
Des chercheurs confirment l’intérêt de cette pratique. Une parcelle expérimentale lancée dans l’Hérault en 1997 montre que les arbres limitent les dégâts du gel printanier et offrent une évapotranspiration bénéfique. La vigne étant à l’origine une liane poussant sur les arbres, son exposition en plein soleil devient problématique au-delà de 40 degrés. L’ombre apportée par les arbres peut sauver une production.
De Bordeaux au Languedoc, en passant par la Champagne, les plantations d’arbres se multiplient. Certaines régions proposent des aides, et un cadre légal a été défini en 2024. Selon une association spécialisée, entre 2 et 5 % des surfaces viticoles seraient aujourd’hui concernées, avec une dynamique croissante face aux aléas climatiques.
Toutefois, cet engouement reste modéré selon certains professionnels. Le gain espéré est à long terme, et les difficultés économiques du secteur freinent l’investissement. Pourtant, la baisse des surfaces viticoles laisse de la place pour les arbres. Au-delà de la production, l’agroforesterie embellit les exploitations et constitue un capital pour les générations futures. Pour le vigneron rhodanien, cette parcelle est devenue sa plus belle réalisation, mêlant paysage local, biodiversité et fruits d’enfance.
L’intérêt suscité chez les voisins, y compris dans des régions moins menacées que Bordeaux, montre que les nouvelles générations sont prêtes à renouer avec cette pratique ancestrale.
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