Europe
La recherche climatique américaine paralysée par la peur et les coupes budgétaires


Au pied des Rocheuses, des scientifiques vivent un cauchemar. Entre gels de financements, départs forcés et menaces de démantèlement, le pôle météo et climat du Colorado est étranglé par l’administration Trump.
Dans un labo ultra-moderne perché près de Boulder, un chercheur que nous appellerons Paul retient son souffle. Son institut, le Centre national de recherche sur l’atmosphère (NCAR), une référence mondiale, pourrait être démantelé. Un de ses projets sur l’adaptation au changement climatique a déjà sauté. Il n’embauche plus de doctorants. Il ne sait même pas s’il gardera son poste demain. « Je n’ai jamais vu ça de toute ma carrière », confie-t-il, anonyme, la voix serrée. L’angoisse est partout. Une quinzaine de témoignages racontent la même descente aux enfers. La machine scientifique américaine, celle qui prévoit les ouragans et sauve des vies, est en train de se casser.
La tempête a des visages concrets. John, lui, travaillait à la NOAA depuis vingt ans. Au printemps 2025, il a accepté une retraite anticipée. Pas par choix. Il voulait que les jeunes gardent leur travail. « Ils allaient virer ceux qui ont plus besoin de ce boulot que moi », dit-il depuis son salon. Avec lui, une dizaine de spécialistes de la prévision météo sont partis, directeurs compris. Leur savoir est parti aussi. Leur réseau aussi. « Ça casse le moral », souffle John. « Les gens ne sont pas efficaces quand ils se demandent sans cesse s’ils auront encore un emploi la semaine prochaine. » Au NCAR, un scientifique a vu trois de ses projets chamboulés. Deux financements sont arrivés avec plus d’un an de retard. Le troisième a été « grosso modo divisé par deux ».
Les dégâts ne se mesurent pas qu’en budgets. Tom Hamill, ancien de la NOAA, prévient que les réparations prendront « des décennies ». Jim Hurrell, professeur à la Colorado State University, observe déjà une baisse du nombre d’étudiants intéressés par la recherche climatique. Kyle Mcmillan termine sa thèse sur la chimie des nuages. Il cherche un emploi, mais les coupes de financement rendent chaque poste presque inaccessible. Un jeune chercheur français a renoncé à un post-doctorat au NCAR, faute de certitudes. « Les meilleurs veulent travailler avec les meilleurs », rappelle Josh Hacker, ancien du NCAR. « Quand les talents partent, c’est plus dur de garder ceux qui restent. C’est une spirale mortifère. » Et même si un juge a temporairement bloqué le démantèlement du centre, l’hémorragie a déjà eu lieu. Le vide laissé pourrait peser longtemps sur la capacité des États-Unis à prévoir le temps, à anticiper les catastrophes, à comprendre le climat.





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