Économie
La raffinerie de Pančevo à l’arrêt, une économie nationale en suspens

Alors que le site, unique du genre en Serbie, ne reçoit plus de brut depuis octobre en raison de sanctions américaines, l’incertitude pèse lourdement sur les employés, la ville et les équilibres nationaux.
Le ballet des camions-citernes s’est ralenti, mais n’a pas totalement cessé aux abords de la raffinerie de Pančevo. Dans cette ville située à une vingtaine de kilomètres de Belgrade, l’activité tourne au ralenti depuis que plus aucune cargaison de pétrole brut n’y est parvenue. Cet arrêt fait suite aux mesures restrictives imposées par Washington début octobre à la compagnie pétrolière NIS, propriété majoritaire de capitaux russes. Les autorités serbes se veulent rassurantes, évoquant des stocks disponibles et l’absence de pénurie immédiate. Sur le terrain, cependant, l’inquiétude est palpable.
Près de mille sept cents personnes sont encore employées sur le site. Elles effectuent, selon la direction, des tâches de maintenance comparables à celles d’un arrêt technique planifié. Le silence est de rigueur parmi le personnel et les représentants syndicaux, qui ont tous décliné les demandes d’entretien. La société affirme honorer l’ensemble de ses engagements salariaux envers ses plus de treize mille cinq cents employés à travers le pays. Mais à Pančevo, où l’usine constitue un pilier économique, la crainte d’une fermeture définitive est omniprésente.
L’enjeu dépasse largement le cadre local. Le groupe NIS, qui approvisionne environ 80% du marché national et détient un réseau de plus de trois cents stations-service, a contribué l’an dernier à hauteur de plus de deux milliards d’euros aux finances publiques, soit près de 12% du budget de l’État. Son éventuelle mise à l’arrêt complet menacerait des pans entiers de l’activité, des transports au chauffage, sans oublier l’industrie chimique voisine, Petrohemija, qui dépend de ses produits raffinés.
La pression internationale se concentre sur la structure actionnariale de NIS. Les États-Unis exigent le retrait complet des entreprises russes Gazprom Neft et Intelligence, qui détiennent 56% du capital. Un ultimatum a été fixé jusqu’à la mi-janvier pour trouver une issue. Le président serbe, Aleksandar Vučić, a évoqué des investisseurs potentiels, hongrois ou émiratis, tout en préparant une solution de repli. Le budget 2026 vient ainsi de prévoir une enveloppe de 1,4 milliard d’euros pour un possible rachat par l’État, seize ans après avoir cédé la majorité de NIS à Moscou pour quatre cents millions.
La situation place les institutions serbes dans une position délicate. La banque centrale nationale, qui autorise actuellement NIS à opérer au jour le jour, s’exposerait elle-même à des sanctions si elle maintenait ce soutien à une entité sous le coup de restrictions américaines. Une telle décision couperait l’entreprise du système de paiement national, entraînant de facto l’arrêt de toutes ses activités. Pour de nombreuses localités, la disparition des stations-service NIS signifierait l’absence de toute alternative à proximité.
Dans l’attente d’une résolution, le pays retient son souffle. Les habitants de Pančevo, qui s’étaient longtemps préoccupés des questions environnementales liées à la raffinerie, voient désormais dans sa simple préservation un impératif économique et social. Comme le résume un retraité du secteur, l’installation, modernisée, est un outil industriel de premier ordre. Son avenir, suspendu à des négociations géopolitiques complexes, engage bien plus qu’une ville ; il concerne la stabilité économique de toute la nation.

MondeEn Ligne 5 joursHaïti, 2 000 soldats salvadoriens débarquent et brouillent la carte sécuritaire
PolitiqueEn Ligne 6 joursMélenchon veut changer le patron de Bpifrance et faire gonfler l’épargne des Français
PolitiqueEn Ligne 5 joursLes maires de France perdent patience avec la double casquette de David Lisnard
CultureEn Ligne 6 joursEgrégore, le grand retour dansant de Mylène Farmer avec DJ Snake et Moby
PolitiqueEn Ligne 4 joursLe ministre écrit aux lycéens avant la rentrée pour défendre ses annonces
Faits DiversEn Ligne 7 joursUn député RN de l’Aisne visé par une enquête pour détournement de fonds publics
Faits DiversEn Ligne 5 joursTrois femmes accusent un gynécologue d’Ardèche de viols et de violences
EuropeEn Ligne 6 joursAndorre retire la menace de prison aux femmes qui avortent, mais pas aux médecins
















