Planète
La jeunesse ivoirienne s’engage pour redorer le visage d’Abidjan


Face à l’insalubrité persistante dans la capitale économique, des citoyens mobilisés mènent un combat quotidien pour sensibiliser et nettoyer, convaincus que la propreté est le premier pas vers le développement.
Sous un soleil accablant, dans le quartier populaire d’Attécoubé, une dizaine de jeunes armés de pelles et de râteaux s’activent. Leur mission, un dimanche comme les autres, consiste à désengorger des caniveaux où s’amoncellent bouteilles, sacs plastiques et détritus en tout genre. Cette scène, devenue presque ordinaire, illustre la mobilisation croissante d’une partie de la société civile face à un défi de taille. La métropole, qui compte plus de six millions d’habitants, génère chaque jour plusieurs milliers de tonnes de déchets ménagers, selon les estimations officielles.
À l’origine de cette action, une association nommée « Clean Street », fondée il y a un an par Mickaël Yao. Ce jeune homme de vingt-deux ans a décidé d’agir après un constat sans appel. Pour lui, la normalisation du geste qui consiste à jeter ses ordures dans l’espace public représente un frein majeur. Son credo, largement diffusé via les réseaux sociaux et notamment sur TikTok où il rassemble des dizaines de milliers d’abonnés, est simple. Les rues ne sont pas des poubelles. Ses vidéos, visionnées des centaines de milliers de fois, cherchent à éveiller les consciences sur les conséquences de cette insalubrité, des inondations récurrentes en saison des pluies aux risques sanitaires pour les enfants qui jouent à proximité.
L’initiative ne fait pourtant pas l’unanimité. Les bénévoles essuient parfois des moqueries, certains habitants soupçonnant des motivations financières derrière ce travail gratuit. Mickaël Yao, qui prépare actuellement son baccalauréat, raconte avoir eu un déclic lors de voyages dans des pays voisins, où il a pu observer des standards de propreté différents. Cette expérience l’a convaincu que le changement était possible. L’association compte désormais plus de soixante membres, majoritairement des jeunes, considérés comme plus réceptifs au message. Après chaque opération de nettoyage, ils poursuivent leur action par du porte-à-porte pour expliquer leur démarche.
Les résistances sont cependant tenaces. Certains riverains plus âgés perçoivent les injonctions à la propreté comme une marque d’irrespect. D’autres pointent du doigt des responsabilités partagées, évoquant le manque de poubelles dans l’espace public ou l’irrégularité des services de collecte, délégués à des entreprises privées. Une habitante confie ainsi avoir renoncé à faire des remarques à une voisine, par crainte de créer des conflits. Pour les autorités en charge de la gestion des déchets, si des progrès techniques ont été réalisés, comme la modernisation des centres de traitement, le principal obstacle reste comportemental. Le manque de civisme et la persistance de l’usage des plastiques à usage unique, pourtant interdits par un décret datant de 2013, sont régulièrement déplorés.
Les bénévoles, eux, misent sur la pédagogie et la persévérance. Ils sont convaincus que l’évolution des mentalités se fera sur le long terme, par l’éducation et l’exemple. Leur combat dépasse la simple question de l’hygiène. Il touche à l’image que le pays projette à l’international, un argument souvent avancé pour attirer investisseurs et touristes. Dans les caniveaux d’Attécoubé, c’est une certaine idée du développement et de la citoyenneté qui se joue, pelle à la main.





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