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La guerre aux frontières prive une génération d’Afghans de son avenir

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Les affrontements entre le Pakistan et l’Afghanistan ont contraint des dizaines de milliers de personnes à fuir, paralysant le système éducatif dans des régions entières. Des établissements scolaires endommagés et des familles déplacées témoignent des conséquences durables du conflit sur la jeunesse.

À Barikot, localité frontalière de la province de Kunar, le silence a remplacé le bruit des cours de récréation. Les salles de classe sont vides, les murs portent les stigmates des violences récentes. Comme dans d’autres villages de l’est de l’Afghanistan, la reprise des hostilités avec le Pakistan a brutalement interrompu la scolarité de milliers d’élèves. L’établissement qui regroupait primaire, collège et lycée est à l’arrêt, ses couloirs envahis par la poussière, ses tableaux d’affichage figés depuis des semaines.

L’accès à la zone, nichée sur les contreforts de l’Hindou Kouch, est resté périlleux pendant de longues périodes en raison des risques de frappes aériennes. La réouverture temporaire d’une route a permis de constater l’étendue des dégâts. La rue principale offre le spectacle de commerces aux rideaux de fer baissés, certains réduits à des amas de gravats. Seuls quelques habitants errent encore dans ce qui ressemble à un village fantôme, évoquant avec amertume les lieux où ils ont eux-mêmes étudié.

Les autorités de Kaboul et d’Islamabad s’accusent mutuellement d’abriter ou de soutenir des groupes armés responsables d’attaques meurtrières. En dépit de pourparlers tenus récemment sous médiation étrangère, aucun accord de cessez-le-feu n’a été conclu. Si l’intensité des combats a diminué, la peur persiste parmi les populations frontalières, qui hésitent à regagner leurs foyers.

Selon les agences humanitaires, vingt-deux écoles ont été endommagées rien que dans la province de Kunar et nécessitent des réparations urgentes. Plus de douze mille élèves, déplacés ou directement affectés par les destructions, sont privés de tout cadre d’apprentissage structuré. Les infrastructures civiles, dont un centre de santé local qui traitait des centaines de patients par jour, ont également été touchées, suscitant l’inquiétude des organisations de défense des droits.

La ligne Durand, frontière héritée de l’époque coloniale et jamais reconnue par Kaboul, sépare des communautés pachtounes partageant langue et traditions. À Barikot, les habitants affirment leur fraternité avec leurs voisins pakistanais et rejettent la responsabilité des violences sur le gouvernement d’Islamabad. Le conflit a cependant précipité l’exode de dizaines de milliers de personnes. Rien que dans le Kunar, plus de vingt-cinq mille individus ont dû quitter leur domicile.

Des familles entières survivent désormais dans des campements de fortune installés le long de la rivière éponyme. Sous des abris de fortune constitués de bâches, de sacs de jute ou de plastiques tendus sur des branchages, les conditions de vie sont extrêmement précaires. L’accès à l’eau potable nécessite de longues marches, et l’absence totale d’installations sanitaires expose notamment les femmes et les enfants à des risques sanitaires majeurs.

Pour les parents, la préoccupation immédiate est la rupture éducative. Les écoles des localités d’accueil, comme Marawara ou Asadabad, sont saturées et ne peuvent absorber les nouveaux arrivants. Les enfants, privés de tout repère, errent dans les camps. D’anciens enseignants, eux-mêmes déplacés, observent avec désespoir cette génération mise en suspens. Les autorités provinciales tentent d’organiser le transfert de certaines familles vers des structures plus établies, mais les besoins dépassent largement les capacités de réponse.

Au-delà des destructions matérielles, c’est le traumatisme profond et l’incertitude quant à l’avenir qui marquent les esprits. Le conflit, en brisant le rythme scolaire, hypothèque les perspectives de toute une jeunesse dans une région où l’éducation représentait souvent un fragile espoir d’émancipation.

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