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La grande peur des scientifiques du climat

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Dans le Colorado, des centaines de chercheurs vivent dans l’incertitude. Le gouvernement menace de démanteler l’un des centres de recherche climatique les plus prestigieux au monde.

Au pied des Rocheuses, un scientifique américain que nous appellerons Paul attend, l’angoisse au ventre. Son institut, le National Center for Atmospheric Research, risque d’être démantelé sur décision de l’administration Trump. L’un de ses projets sur l’adaptation au changement climatique a déjà été annulé. Il n’embauche plus de doctorant, faute de visibilité sur ses financements. « Je n’ai jamais vu ça de toute ma carrière », confie-t-il sous couvert d’anonymat, redoutant de perdre son emploi. Le NCAR est une référence mondiale pour ses modèles météo et climatiques. Ses travaux ont sauvé des vies en améliorant la prévision des tempêtes et en réduisant les accidents aériens liés aux turbulences. Mais en décembre, la Maison Blanche a annoncé son démantèlement, l’accusant d’être une source d’« alarmisme climatique ». Un jeune chercheur prénommé Dan n’a pas attendu la suite pour partir vers un autre labo.

Le coup porté à Boulder ne se limite pas au NCAR. L’administration Trump a gelé ou annulé des dizaines de subventions fédérales. L’Université du Colorado en a perdu 59 depuis début 2025. Au NCAR, un chercheur a vu trois de ses projets perturbés deux financements sont arrivés avec plus d’un an de retard, un troisième a été divisé par deux. John, lui, travaille depuis vingt ans à la NOAA, l’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique. Sous la pression des chèques de départ et des menaces de licenciement, il a choisi de prendre sa retraite anticipée. « Si je ne prenais pas cette offre, ils allaient virer les jeunes qui ont bien plus besoin de ce boulot que moi », raconte-t-il. Avec lui, une dizaine de personnes sont parties, emportant leur savoir. « Ça casse le moral, explique John. Les gens ne sont pas très efficaces quand ils se demandent s’ils auront encore un emploi la semaine prochaine. »

Les dégâts, préviennent les chercheurs, seront durables. Tom Hamill, spécialiste de l’atmosphère passé dans le privé après une carrière à la NOAA, est catégorique : « Réparer les dégâts va prendre des décennies. » Jim Hurrell, professeur à la Colorado State University et ancien directeur du NCAR, observe une baisse des étudiants attirés par les sciences climatiques depuis un an ou deux. Kyle Mcmillan finit sa thèse sur la chimie des nuages à Boulder. Il cherche un emploi, mais les coupes rendent chaque poste plus difficile à décrocher. Un jeune chercheur français a renoncé à un post-doctorat au NCAR, faute de certitude sur le financement. « Les meilleurs veulent travailler avec les meilleurs », souligne Josh Hacker, ancien du NCAR aujourd’hui dans une start-up. « Quand les talents partent, c’est plus dur de garder ceux qui restent. C’est une spirale mortifère. » Même si un juge a temporairement bloqué une première étape du démantèlement du NCAR lundi, les coups portés à l’écosystème de Boulder laisseront des traces bien après le départ de Donald Trump.

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