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Économie

La France retient son souffle avant la décision de S&P sur sa dette souveraine

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L’agence de notation Standard & Poor’s doit rendre son verdict vendredi concernant la note de la France, et les experts tablent majoritairement sur un maintien du statu quo, saluant la prudence budgétaire affichée par l’exécutif.

L’agence S&P Global réévalue ce vendredi la notation de la dette française. Les analystes anticipent une absence de mouvement, après que le gouvernement a fait preuve de retenue dans sa gestion des finances publiques, en particulier face à la flambée des prix des carburants. En octobre dernier, S&P avait déjà abaissé d’un cran la note souveraine de la France, la fixant à A+ avec perspective stable, une décision intervenue un mois après une action similaire de l’agence Fitch. La troisième grande agence, Moody’s, maintient pour sa part une note supérieure, à Aa3, sans l’avoir modifiée en avril.

Plusieurs scénarios s’offrent à S&P : le maintien de la note et de la perspective, un abaissement de la perspective à négative pour signaler un risque de dégradation future, ou une baisse directe de la note à A. Une amélioration de la notation ou de la perspective semble exclue. Éric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management, souligne que le déficit public français, estimé à 5,1% du PIB en 2025, demeure très élevé par rapport à celui des autres pays européens notés A+, à l’exception de la Slovaquie. Il juge néanmoins une nouvelle dégradation vendredi très peu probable.

S&P avait prévenu en octobre qu’elle pourrait réviser la note à la baisse si la situation budgétaire se détériorait au-delà de ses prévisions ou si les perspectives de croissance se dégradaient sensiblement. À l’époque, l’agence anticipait une aggravation du déficit à 5,3% du PIB cette année. Or, la Commission européenne estime désormais qu’il se limitera à 5,1%, tandis que le Fonds monétaire international entrevoit même une amélioration à 4,9%. Concernant la croissance 2026, S&P la prédisait à 1% en octobre. Malgré les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, la Commission et le FMI tablent respectivement sur 0,8% et 0,9%, une légère révision à la baisse qui affecte l’ensemble des économies.

Anthony Morlet-Lavidalie, économiste à l’institut Rexecode, n’envisage pas non plus de changement de notation. Il estime qu’en période de tensions, il serait contre-productif d’aggraver une situation déjà fragile. Les grandes agences avaient dégradé la note française fin 2025, une fois le choc énergétique lié à la guerre en Ukraine passé. Il souligne par ailleurs le sérieux budgétaire du gouvernement, qui a pris conscience de l’état des finances publiques et se montre particulièrement restrictif dans ses aides face à la hausse des prix des carburants.

Ces aides, d’un montant de 1,2 milliard d’euros, sont présentées comme temporaires, ciblées et financées, destinées uniquement aux ménages modestes et aux entreprises les plus dépendantes. Elles sont sans commune mesure avec les plus de 60 milliards d’euros déployés à partir de 2022 pour amortir le choc inflationniste. Pour M. Morlet-Lavidalie, sanctionner la France au moment où elle se montre plus vertueuse que ses voisins serait un non-sens.

Le cabinet du ministre des Comptes publics a détaillé jeudi les six milliards d’euros d’économies envisagées pour faire face au coût du conflit. L’État contribuera à hauteur de quatre milliards d’euros, via des gels et des annulations de crédits, tandis que la Sécurité sociale apportera environ deux milliards. Les allègements de charges patronales sur les bas salaires seront gelés, malgré la hausse automatique du Smic au 1er juin. Cette décision suscite le mécontentement des organisations patronales.

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