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La fièvre de l’or gagne l’Amazonie et menace les peuples autochtones

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Les orpailleurs illégaux multiplient leurs incursions dans les réserves indigènes brésiliennes, poussés par un cours record du métal précieux. Les communautés locales redoutent un déchaînement de violences.

Le chef indigène Bepdjo Mekragnotire s’apprête à mobiliser ses guerriers pour repousser de nouveaux intrus sur le territoire Bau, en pleine forêt amazonienne. Âgé de 45 ans, il arbore une coiffe de plumes rouges et observe avec inquiétude la multiplication des incursions minières dans cette zone de l’État du Pará. Il y a quatre ans, il avait déjà expulsé près de deux cents orpailleurs. Aujourd’hui, le prix élevé de l’or attire à nouveau les chercheurs clandestins, malgré les risques.

Le métal jaune, valeur refuge en période d’instabilité mondiale, a connu une nouvelle flambée, poussant les orpailleurs vers des secteurs auparavant épargnés. En février, le chef et ses hommes ont croisé un groupe armé en canoë ; les armes ont été dégainées de part et d’autre avant que vingt-quatre personnes ne soient expulsées. Face à cette escalade, une coalition d’organisations autochtones a alerté les autorités, évoquant un risque imminent de conflit armé de grande ampleur, sans obtenir de réponse satisfaisante.

L’agence environnementale Ibama reconnaît concentrer ses efforts sur les situations les plus critiques et ne pouvoir être présente partout. Depuis son retour au pouvoir en 2023, le président Luiz Inacio Lula da Silva a fait de la lutte contre l’orpaillage illégal une priorité, alors que son prédécesseur Jair Bolsonaro était critiqué pour son laxisme en Amazonie. Le responsable des opérations de protection des territoires indigènes, Nilton Tubino, constate que les chercheurs d’or s’enfoncent toujours plus profondément dans la jungle.

Ces trois dernières années, l’Ibama a détruit plus de six cent quatre-vingt-dix pelleteuses, treize cents barges et quatre-vingts avions, pour un coût estimé à huit cents millions de dollars. La plus grande difficulté reste toutefois la lutte contre le crime organisé, notamment les factions puissantes comme le Premier Commando de la Capitale et le Commando Vermelho, désormais classées comme organisations terroristes par les États-Unis.

Par ailleurs, une part croissante de l’or extrait illégalement est blanchie via des mines dites fantômes, déclarées mais sans activité réelle. Selon des études, soixante et onze tonnes d’or ont été produites l’an dernier au Brésil, principalement exportées vers le Canada, la Suisse et le Royaume-Uni. Le gouvernement élabore une nouvelle législation pour améliorer la traçabilité, tandis que la police utilise déjà l’empreinte chimique du métal pour remonter jusqu’aux sites d’extraction.

Face au durcissement des contrôles, une partie de l’or transite désormais en contrebande par des pays voisins comme le Guyana ou le Venezuela. Du côté des orpailleurs, certains déplorent d’être systématiquement criminalisés et réclament un cadre plus organisé et durable. Au sein même du peuple Kayapo, des divisions apparaissent : certains autochtones, dont l’ancien chef, sont favorables à l’orpaillage sur leurs terres. Un jeune homme de vingt-cinq ans, fils de l’ancien chef, observe que les orpailleurs offrent argent et biens matériels, tentant les moins avertis.

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