Monde
La dynastie Shinawatra, un pilier politique thaïlandais à la croisée des chemins

Malgré une influence électorale en recul, le clan Shinawatra conserve une capacité d’arbitrage décisive dans le paysage politique thaïlandais, où il joue depuis deux décennies un rôle central.
Le parti Pheu Thai, héritier de la formation créée par l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, s’apprête à enregistrer son plus faible score lors des élections législatives. Les sondages le placent désormais en troisième position, loin de la domination qu’il exerçait par le passé. Cette érosion du soutien populaire intervient dans un contexte marqué par l’incarcération de son fondateur et la destitution de sa fille, Paetongtarn Shinawatra, de la fonction de Première ministre l’année dernière.
Pourtant, loin d’annoncer une disparition, cette situation pourrait conférer au mouvement un rôle d’équilibriste. Selon plusieurs observateurs, le parti pourrait en effet recueillir suffisamment de sièges pour devenir un faiseur de roi dans les futures négociations de coalition. Cette perspective permettrait au clan Shinawatra de maintenir son influence sur la scène politique nationale, une influence qu’il n’a jamais vraiment perdue depuis les années 2000.
La longévité du mouvement s’explique en partie par la solidité de ses réseaux locaux et la persistance d’un attachement viscéral dans son électorat traditionnel. De nombreuses personnes, notamment dans les zones rurales, restent reconnaissantes pour les politiques sociales mises en œuvre sous les gouvernements de Thaksin, comme la couverture médicale universelle. Cette fidélité se manifeste encore lors des rassemblements, où son portrait reste omniprésent.
La stratégie du parti a cependant évolué. Après s’être allié en 2023 avec des formations proches de l’establishment militaire pour accéder au pouvoir, une manœuvre qui avait surpris, il pourrait aujourd’hui envisager de soutenir le Premier ministre sortant, Anutin Charnvirakul, en échange d’avantages politiques. Une telle alliance pourrait notamment ouvrir la voie à une libération anticipée de Thaksin Shinawatra.
Cette adaptation permanente alimente les critiques de ceux qui voient en Pheu Thai un instrument au service exclusif des intérêts d’une seule famille, plutôt qu’un parti politique structuré autour d’un programme. Pour ses détracteurs, cette dimension dynastique constitue à la fois sa force et sa principale faiblesse, l’empêchant de se renouveler pleinement. Le scrutin de dimanche déterminera si cette capacité de résilience et d’adaptation suffira à préserver son statut d’acteur incontournable dans un paysage politique thaïlandais toujours aussi fragmenté.

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