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La Crimée a perdu son été et ses touristes

Les plages de la péninsule sont désertes en pleine saison. Les coupures d’électricité et le manque de carburant ont fait fuir les estivants.

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La Crimée a perdu son été et ses touristes

Les plages de la péninsule sont désertes en pleine saison. Les coupures d’électricité et le manque de carburant ont fait fuir les estivants.

À Simeïz, sur la côte criméenne, Anatoli regarde la rue piétonne. Elle est vide. Son kiosque à glaces reste ouvert, mais c’est à peine utile. Depuis la mi-juin, il vend entre dix et vingt glaces par jour. L’an dernier, à la même époque, il en écoulait jusqu’à quatre cents. « La saison est complètement gâchée », lâche-t-il. Pourtant, il continue à travailler. Le matériel, les réparations, le brevet, les taxes, tout avait déjà été payé. Alors il ouvre, même pour presque personne.

La Crimée, annexée par la Russie en 2014, est une destination sacrée pour des générations de Russes. Sous l’Union soviétique, des millions de vacanciers y ont posé leurs valises. Cette année, les plages et le soleil attirent toujours, mais les drones ukrainiens changent la donne. Ils frappent les sous-stations électriques et les dépôts de carburant. Résultat, le courant saute régulièrement et l’essence se fait rare. Le tourisme boit la tasse. D’après les autorités locales installées par Moscou, les réservations pour juillet ont chuté de 72 % par rapport à l’an dernier. Pour août, la baisse atteint 68 %.

Dans un hôtel de luxe de Simeïz, les gérants ont baissé les prix de 30 % pour attirer le client. Sans succès. Les transats de la piscine restent vides, la terrasse du restaurant aussi. Une responsable soupire, quelques touristes locaux passent le week-end, mais c’est tout. Ioulia, elle, est venue en famille depuis la région de Belgorod, une zone russe frontalière de l’Ukraine, elle-même visée par des raids. Dans la nuit, elle a entendu un drone. Elle relativise. À quelques kilomètres de là, pourtant, un engin ukrainien s’est écrasé contre un immeuble de Yalta et a blessé dix-sept civils. « Si on est venu, c’est qu’on n’a pas peur », assure la jeune maman, qui a pris le train par le pont de Kertch. Ses proches lui écrivent tous pour lui demander comment elle a osé partir.

Vladislav, lui, a fait le trajet en voiture depuis Krasnodar. Il a chargé des bidons d’essence dans le coffre, au cas où aucune station-service ne voudrait lui vendre du carburant. Il dit ne pas être inquiet, car chez lui aussi les drones passent au-dessus de la tête au réveil et au coucher. « Personne n’est à l’abri », philosophe-t-il. Mi-juillet, le gouvernement russe a débloqué plus de 4,3 milliards de roubles pour soutenir le secteur touristique de Crimée. Une aide qui ne couvre pas tout. Lilia, une estivante de la région de Bakhtchyssaraï, raconte qu’une auto-école tenue par des connaissances est totalement à l’arrêt. Les élèves ne viennent plus, l’essence est trop chère et introuvable. La péninsule tient le coup, mais son été, lui, est bien parti pour ne jamais arriver.

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