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La chaleur tue en silence : un millier de morts en trop en France en onze jours

Alors que l’Europe centrale suffoque sous des températures records, la France commence à mesurer l’ampleur des dégâts humains avec un bilan provisoire…

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La chaleur tue en silence : un millier de morts en trop en France en onze jours

Alors que l’Europe centrale suffoque sous des températures records, la France commence à mesurer l’ampleur des dégâts humains avec un bilan provisoire alarmant.

L’air est devenu irrespirable sur une large partie du continent. Après avoir écrasé la France, la canicule glisse vers l’est et frappe de plein fouet l’Allemagne, la Pologne, la Tchéquie ou encore la Hongrie. Samedi, le Danemark a connu 37°C, un record absolu. La République tchèque a atteint 40,6°C. Et en Allemagne, la barre des 41,5°C a été franchie, tandis que la nuit la plus chaude jamais enregistrée a été vécue avec 29,4°C. À Berlin, la police a même sorti des canons à eau pour rafraîchir les habitants.

Pendant ce temps, la France commence à souffler mais aussi à compter ses pertes. La vigilance rouge est levée dans la plupart des départements, seuls deux à l’est restent concernés jusqu’à 22 heures. Santé publique France parle d’environ un millier de décès supplémentaires par rapport à la normale depuis le 24 juin, date où les 40°C ont été dépassés sur le territoire. Les plus de 65 ans sont les premières victimes, avec une hausse de 40% des morts à domicile. Aux urgences de l’hôpital Pompidou, le professeur Philippe Juvin redoute un bilan « probablement très très lourd ». Il imagine le scénario du lendemain matin : les aides ménagères et les familles ouvrent les portes des logements de personnes âgées isolées et découvrent des corps ou des survivants déshydratés après plusieurs jours sans boire.

La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, tempère en disant que la surmortalité cette année ne devrait pas atteindre celle de l’été 2003, qui avait fait 15 000 morts. Reste que les canicules à répétition sont un signe clair du changement climatique, lié à l’utilisation des énergies fossiles. Un phénomène aggravé par une « bulle froide » dans l’Atlantique, une zone d’eau anormalement froide au sud de l’Islande. Selon la physicienne Marilena Oltmanns, elle modifie le courant-jet et favorise la formation de dômes de chaleur qui stagnent sur l’Europe. Cela explique pourquoi le vieux continent se réchauffe plus vite que d’autres régions en été.

Les conséquences ne se limitent pas à la surface terrestre. La mer aussi surchauffe, et avec elle, le plancton se transforme. Sur la plage de Wimereux, le chercheur Grégory Beaugrand observe que les organismes qu’il prélève deviennent plus petits. Quand le plancton change, toute la chaîne alimentaire se modifie : les poissons d’eau froide disparaissent de la Manche. Et le paléoclimatologue Jean Jouzel, ancien vice-président du Giec, lance un avertissement. Il craint qu’une fois la canicule passée, les responsables politiques passent à autre chose. Pourtant, dit-il, les scientifiques n’ont pas exagéré. Ce que l’on vit aujourd’hui, ils l’annonçaient depuis cinquante ans. Mais beaucoup ferment les yeux, et c’est extrêmement sérieux.

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