Monde
La Bolivie au bord de l’implosion : les racines d’une crise sans précédent
Six mois après son entrée en fonction, le président Rodrigo Paz fait face à une contestation multiple qui paralyse le pays et menace son maintien au pouvoir.
La Bolivie traverse une période de turbulences inédites depuis plusieurs semaines. Les murs de La Paz, capitale administrative, se couvrent de slogans hostiles au chef de l’État, tandis que des barrages routiers asphyxient la ville. Ce mouvement de protestation, né de griefs disparates, s’est transformé en une crise politique majeure. Le président de centre droit, élu il y a six mois, doit désormais composer avec une défiance généralisée dans un contexte économique dégradé, le plus grave depuis quatre décennies.
L’épuisement des réserves de dollars a contraint le gouvernement à supprimer les subventions aux carburants. Cette décision a provoqué un doublement des prix et l’apparition d’une essence de mauvaise qualité, surnommée “essence poubelle” par la population, qui aurait endommagé des milliers de véhicules. Parallèlement, l’annonce d’une réforme agraire destinée à faciliter l’accès au crédit a suscité l’hostilité des communautés indigènes, craignant une mainmise des banques et des grands propriétaires sur leurs terres. “Certains secteurs ont adopté des positions radicales, mais d’autres se mobilisent aussi par frustration face aux espoirs déçus suscités par le président”, analyse Daniel Valverde, professeur de science politique.
Le mouvement de contestation, dépourvu de leader unique, s’est amplifié en mai avec la mobilisation des enseignants, des ouvriers et des mineurs. La Centrale ouvrière bolivienne, puissante organisation syndicale, exige une hausse des salaires alignée sur l’inflation, qui a atteint près de 20 % en 2025. Les enseignants réclament quant à eux une retraite à taux plein. “Chacun tire de son côté et répond à certains intérêts ou groupes”, observe la chercheuse Daniela Osorio-Michel. Pour la politologue Ana Lucia Velasco, certains acteurs cherchent à exploiter les “erreurs et maladresses” du gouvernement pour “gagner du capital politique” au sein de l’opposition. Les revendications, initialement centrées sur la réforme agraire et les pénuries de carburant, ont progressivement évolué vers des appels à la démission du chef de l’État.
Le gouvernement accuse l’ancien président Evo Morales, au pouvoir de 2006 à 2019, d’être le principal instigateur des manifestations. Une marche de ses partisans est d’ailleurs arrivée lundi à La Paz. Visé par un mandat d’arrêt dans une affaire présumée de traite d’une mineure, Evo Morales, retranché dans son fief politique du Chapare, dénonce un supposé plan de Washington visant à l’arrêter. Sans le mentionner directement, les États-Unis, qui voient en Rodrigo Paz un nouvel allié en Amérique latine, ont affirmé que la Bolivie faisait face à une tentative de “coup d’État” menée par des “criminels et narcotrafiquants”. Selon Daniel Valverde, l’ancien dirigeant cocalero est aujourd’hui “très retranché”. Daniela Osorio-Michel estime que les résultats de la dernière élection ont révélé un affaiblissement de son influence politique.
Face à cette crise, la marge de manœuvre du gouvernement semble étroite. “Une fois que les revendications en arrivent à réclamer une démission, il n’est plus possible de céder. C’est surtout une guerre d’usure : il reste à voir qui s’épuisera le premier, le gouvernement, les citoyens ou les manifestants”, estime Ana Lucia Velasco. Rodrigo Paz a averti mercredi qu’il ne négocierait pas avec des “vandales”, mais a également annoncé, dans une tentative d’apaisement, un remaniement ministériel avec la nomination de ministres “capables d’écouter”. Pour Daniela Osorio-Michel, la diversité des mouvements mobilisés et l’absence de figures clairement identifiées compliquent “la capacité du gouvernement à engager le dialogue”.
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