Politique
La bascule vers l’Europe : les urnes arméniennes tranchent en faveur de Pachinian
Le parti du Premier ministre sortant remporte haut la main les législatives. Un signal fort vers Bruxelles et Washington, qui agace Moscou.

Le parti du Premier ministre sortant remporte haut la main les législatives. Un signal fort vers Bruxelles et Washington, qui agace Moscou.
C’est un raz-de-marée que personne n’avait vu venir avec une telle ampleur. Avec près de 50% des suffrages, le parti Contrat civil de Nikol Pachinian devance très largement ses concurrents. Son principal adversaire, l’alliance Arménie forte menée par l’homme d’affaires Samvel Karapetian, plafonne à 23,3%. Les deux autres formations d’opposition, portées par l’ex-président Robert Kotcharian et le parti Arménie prospère, atteignent respectivement 9,9% et 4%. Le taux de participation a atteint 59%, un chiffre honorable pour ce petit pays du Caucase.
Ce résultat scelle un tournant géopolitique. Nikol Pachinian, ancien journaliste de 51 ans, a fait campagne sur le rapprochement avec l’Occident. Une adhésion à l’Union européenne est même envisagée. La Russie, partenaire historique et principal fournisseur économique, voit d’un très mauvais œil ce virage. Vladimir Poutine a personnellement mis en garde contre un « scénario ukrainien ». Moscou a déjà imposé des restrictions sur les produits agricoles arméniens. De son côté, Emmanuel Macron a félicité le Premier ministre pour cette « large victoire ». Ursula von der Leyen a assuré que l’UE était « aux côtés de l’Arménie ». Volodymyr Zelensky a lui aussi salué le scrutin et appelé Bruxelles à un « soutien concret » rapide.
Mais la victoire n’est pas totale pour Pachinian. Selon l’analyste Armen Badalian, son parti a obtenu assez de sièges pour former le prochain gouvernement. Il n’a cependant pas la majorité écrasante nécessaire pour modifier la Constitution. Une condition posée par l’Azerbaïdjan pour signer un accord de paix définitif. Le conflit du Karabakh, perdu militairement en 2020, a provoqué l’exode de 100 000 Arméniens. Pachinian a présenté ces élections comme un choix entre la paix, certes fragile et controversée, et une nouvelle guerre catastrophique. Il a appelé Ankara et Bakou à répondre positivement à ce vote pour la « prospérité et la coopération régionales ». Dans les rues d’Erevan, les avis divergent. Sargis Haroutyounyan, 81 ans, se satisfait du calme. Aram Mnatsakanyan, soudeur de 58 ans, se dit « très heureux » de la confiance renouvelée et traite l’opposition de « marionnettes russes corrompues ». Samvel Karapetian, assigné à résidence depuis 2025 pour des accusations de complot qu’il rejette, dénonce des élections « honteuses » et une répression. Les opposants accusent Pachinian d’utiliser police et tribunaux contre eux, y compris au sein de l’influente Église apostolique. Le chef du gouvernement promet de « poursuivre la course vers l’Occident » tout en maintenant des liens forts avec la Russie. Un équilibre délicat.
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