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Keiko face à Sanchez : deux visions du Pérou, un pays à la croisée des chemins

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Dimanche, les Péruviens votent pour départager deux candidats que tout oppose. D’un côté, l’héritière d’un clan qui divise, de l’autre, le député de gauche qui promet un changement radical. Mais après des années de crises et de corruption, une partie de l’électorat ne sait plus à quel saint se vouer.

Dans les rues de Lima, l’ambiance n’est pas à la fête. À quelques jours du second tour de l’élection présidentielle, les Péruviens sont partagés entre deux figures politiques que beaucoup considèrent comme le pire et le moins pire. Keiko Fujimori, la fille de l’ancien président condamné, tente pour la quatrième fois de décrocher la présidence. En face, Roberto Sanchez, député de gauche, revendique l’héritage de l’ex-président emprisonné Pedro Castillo. Deux candidats qui, au premier tour, n’ont réuni que 30% des voix chacun, laissant un fossé d’indécis grand comme le désespoir d’un pays qui a vu défiler huit chefs d’État en dix ans.

L’insécurité est devenue la hantise numéro un des Péruviens. Keiko Fujimori mise tout là-dessus. Elle promet une main de fer contre la criminalité, avec expulsion des migrants irréguliers et militarisation des rues et des prisons. Son slogan résume sa stratégie : choisir entre l’ordre et le chaos. De son côté, Roberto Sanchez mise sur une réforme de la police et du système judiciaire. Il accuse sa rivale d’avoir contribué à la crise en tirant les ficelles du Parlement, qui a fait tomber plusieurs présidents. Les deux camps se renvoient la balle, chacun voyant dans l’autre l’incarnation du chaos. « Le chaos s’écrit avec un K », a lancé Sanchez en débat. « Avec un C, comme Castillo », a répondu Fujimori.

Pourtant, le Pérou n’est pas seulement un théâtre d’affrontements politiques. L’économie, malgré les turbulences, affiche une croissance de 3,4% et une inflation parmi les plus basses d’Amérique latine. Mais derrière ces chiffres, l’informalité touche sept travailleurs sur dix, et l’exploitation minière illégale prospère. Le prochain président devra gouverner sans majorité, face à un Parlement désormais bicaméral, pour la première fois en trente ans. « C’est la solidité même des institutions démocratiques qui est en jeu », prévient une analyste locale. Dans ce climat, les électeurs comme Marco Sanchez, chauffeur de taxi de 38 ans, se sentent pris entre le marteau et l’enclume. Lui votera blanc. Un choix qui en dit long sur le malaise péruvien.

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