Culture
Joé Dwèt Filé, le konpa comme pont vers ses racines

Le chanteur franco-haïtien, propulsé par son succès planétaire « 4 Kampé », veut faire rayonner le konpa au-delà de la communauté caribéenne. Il rêve de retrouver Haïti, son île natale meurtrie par la crise.
Après le triomphe de son single « 4 Kampé », Joé Dwèt Filé affirme se sentir en mission pour populariser le konpa, cette musique héritée de son île natale. Il s’est produit ce week-end au Stade de France, invité par Aya Nakamura pour interpréter leur duo « Baddies », qui mêle sonorités afro et compas. Ce genre musical, aussi appelé konpa en créole, se caractérise par des mélodies chaleureuses et un rythme syncopé. Dans son album « Hatelove », sorti en mai, l’artiste franco-haïtien de 31 ans met en avant cette musique, parfaite pour explorer les sentiments et leurs tourments.
Au début de sa carrière, il redoutait d’être catalogué comme un artiste de konpa, lui qui s’inspire du hip-hop, du RnB et du reggaeton. Il considérait ce style comme trop communautaire et donc limité. Avec le temps, il a changé d’avis et élargi sa palette, notamment en s’inspirant de Fally Ipupa, qui a modernisé la rumba congolaise. Les deux artistes ont d’ailleurs collaboré sur le morceau « Doucement ». Portées par les réseaux sociaux et leur diffusion sans frontières, les musiques caribéennes comme le bouyon, le shatta ou le compas séduisent un nouveau public.
Joé Dwèt Filé ouvre son dernier opus sur une introspection sombre, mais des titres plus légers comme « Rihanna », dont la structure rappelle « 4 Kampé », viennent l’alléger. Sorti fin 2024, ce tube festif a décuplé sa visibilité et dopé ses collaborations, jusqu’à une nouvelle version avec la star nigériane Burna Boy. Pourtant, « 4 Kampé » a failli ne pas voir le jour. L’artiste avoue ne pas avoir la science infuse et écouter son équipe. Ce single a cumulé 161 millions de vues sur YouTube, mais a aussi suscité un litige lié aux droits d’auteur, en raison de sa proximité avec une chanson du collectif haïtien Haïtian Troubadours.
Pour Joé Dwèt Filé, la musique reste un lien puissant avec Haïti. Il a grandi à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, loin de son pays de cœur. Sa dernière visite remonte à 2020, pour son premier concert sur place. Les problèmes de sécurité étaient déjà présents. Depuis, il n’a pas pu y retourner. Haïti, pays le plus pauvre des Caraïbes, est ravagé par l’instabilité politique et la violence des gangs. Faute de pouvoir se rendre à Port-au-Prince, il fera venir le konpa à Paris La Défense Arena en décembre, une première pour lui.
Il regrette de ne pas pouvoir dire qu’il rentre au bled comme ses amis. Pour se rassurer, il écoute sa mère, qui lui assure que la situation s’arrangera d’ici cinq ans. En attendant, il se ressource au Bénin, où il a retrouvé une énergie semblable à celle d’Haïti. Il envisage même d’y vivre un jour.

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