Monde
En Inde les héritiers de maharajas transforment leur prestige en influence
De Baroda à Jaisalmer, les descendants des familles royales indiennes défendent un héritage culturel tout en pesant sur la politique et la société. Leur…

De Baroda à Jaisalmer, les descendants des familles royales indiennes défendent un héritage culturel tout en pesant sur la politique et la société. Leur titre n’a plus de pouvoir officiel, mais il ouvre encore bien des portes.
À Vadodara, dans le Gujarat, Radhikaraje Gaekwad mène deux vies. Le soir, cette héritière de 48 ans reçoit dans un palais décoré de pétales de roses et de flambeaux, en robe étincelante. Le matin, elle redevient gestionnaire du patrimoine familial, chargée de conserver les collections et les œuvres des maharajas. Son constat tient en une idée simple. Les familles royales ont dû s’adapter pour rester utiles. Elle dit vouloir porter les changements qu’elle juge favorables à la société et croit qu’un regard sur le passé peut nourrir l’identité et la fierté des racines.
Sous l’Empire britannique, plus de 565 États ou territoires représentant 40% de la superficie de l’Inde restaient dirigés par des princes ou des rois. Baroda, future Vadodara, comptait parmi les plus puissants. Après l’indépendance de 1947, ces dirigeants ont perdu leur pouvoir officiel et se sont fondus dans le pays. Leur influence n’a pas pour autant disparu. Elle reste recherchée, notamment par les formations politiques. Ce capital culturel a servi de tremplin à des descendants de maharajas pour embrasser des carrières politiques.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2014, Narendra Modi, figure de la droite hindoue, a lui aussi recruté des représentants de ces dynasties. Le BJP compte parmi ses visages Jyotiraditya Scindia, héritier de Gwalior et ministre des Communications, ou Diya Kumari, issue de la famille royale de Jaipur et vice-cheffe de l’exécutif du Rajasthan. La logique est celle d’une quête de figures prestigieuses. Le récit nationaliste gagne en popularité et la droite hindoue cherche à s’appuyer sur des icônes culturelles. Modi a posé la première pierre d’un musée des terres royales près de Vadodara, à côté de la statue de 182 mètres dédiée à Sardar Vallabhbhai Patel, l’homme politique honoré pour avoir contribué à intégrer les domaines royaux à l’Inde indépendante.
Près de quatre-vingts ans après la fin des principautés, la place des princes de sang divise. Certains habitants voient les familles royales avec respect et reconnaissent leur rôle passé. D’autres estiment qu’elles ne sont plus nécessaires. Arti Shukla, venue admirer la statue voisine, affirme tenir ces familles en haute estime. Nishant Kulkarni, employé de banque à Bombay, juge au contraire que leur utilité appartient au passé.
Hors politique, beaucoup de maharajas se posent en gardiens des traditions. Siddhaant Mohta, à la tête de l’entreprise Sopaan, organise des expositions dans les palais et bâtiments royaux. Il considère les familles royales comme les protectrices du patrimoine. D’autres utilisent leur prestige pour créer des liens. Raseshwari Rajya Laxmi, maharani de Jaisalmer, assure que son titre a facilité le jumelage de sa ville avec Carcassonne, cité médiévale française. Les deux parties partagent des idées sur la promotion et la préservation des cultures.
Radhikaraje Gaekwad défend une inclusion sociale concrète. Elle soutient l’artisanat et les coutumes, y compris les plus récentes, et s’est associée à l’ouverture d’un café transgenre. Son père, Ranjitsinh Jhala, 87 ans, a suivi une autre route. Né en 1939 dans la famille régnante de Wankaner, il a transformé sa passion pour la chasse aux tigres en travail de fonctionnaire pour faire adopter des lois de protection de la faune. Il espère que ce héritage compensera les animaux tués.
Akshita Bhanj Deo, trentenaire issue de la dynastie Bhanja dans l’Odisha, a converti le palais familial en hôtel. Elle dirige aussi une fondation qui aide des populations marginalisées. Pour elle, de nombreuses familles royales revendiquent un rôle dans la fabrication et l’entretien du lien social. Elles se voient comme des conteurs et des bardes, capables de prolonger vers l’avenir une fonction héritée du passé.
À lire aussi

MondeEn Ligne 6 joursHaïti, 2 000 soldats salvadoriens débarquent et brouillent la carte sécuritaire
PolitiqueEn Ligne 6 joursLes maires de France perdent patience avec la double casquette de David Lisnard
PolitiqueEn Ligne 5 joursLe ministre écrit aux lycéens avant la rentrée pour défendre ses annonces
EuropeEn Ligne 7 joursAndorre retire la menace de prison aux femmes qui avortent, mais pas aux médecins
PolitiqueEn Ligne 3 joursUne primaire au centre et à droite pour éviter Le Pen-Mélenchon, le casse-tête d’Édouard Philippe
Faits DiversEn Ligne 6 joursTrois femmes accusent un gynécologue d’Ardèche de viols et de violences
SportsEn Ligne 5 joursÀ 40 ans, Giroud fait basculer le derby du Nord
PolitiqueEn Ligne 6 joursLes Insoumis changent de méthode et signent deux victoires à l’Assemblée
















