Planète
Edgar Morin, penseur insatiable de la complexité, s’éteint à 104 ans
Le philosophe et sociologue français, figure majeure de la résistance et de la pensée pluridisciplinaire, est mort à l’âge de 104 ans. Il laisse une œuvre immense qui interroge les liens entre les disciplines et les hommes.
Edgar Morin, dont la vie a traversé tout un siècle, s’est éteint à 104 ans. Son épouse, Sabah Abouessalam Morin, a rendu hommage à celui qui, selon elle, a marqué plusieurs générations par sa constante attention aux forces de l’esprit et à son époque. Cet intellectuel français, né Edgar Nahoum le 8 juillet 1921 à Paris dans une famille juive originaire de Salonique, a connu un parcours hors du commun. Il rejoint le Parti communiste en 1941 avant d’entrer dans la Résistance sous le pseudonyme de Morin, nom qu’il conservera toute sa vie.
Sa formation académique, composée de licences d’histoire, de géographie et de droit, ne l’a pas enfermé dans une discipline unique. Au contraire, il a bâti une œuvre qui refuse le cloisonnement des savoirs. Il se définissait lui-même comme un « braconnier du savoir » et développait le concept de « pensée complexe » pour relier ce qui, dans la perception habituelle, reste séparé. Cette approche lui a valu le surnom de « penseur planétaire ».
Edgar Morin a été un précurseur de la sociologie du présent en s’intéressant à des phénomènes alors peu étudiés comme le cinéma, les nouvelles technologies, le sport ou les aspirations de la jeunesse. On lui attribue même la paternité du terme « yé-yé » pour désigner les adolescents des années 1960. Son ouvrage « Autocritique » en 1959, qui relate son exclusion du Parti communiste et ses aveuglements face au stalinisme, a marqué les esprits. Il a également été l’un des fondateurs du comité des intellectuels contre la guerre d’Algérie.
Son œuvre compte une quarantaine de titres, jusqu’en 2025. Parmi eux, « Terre-Patrie » en 1992 et « L’an I de l’ère écologique » en 2007 témoignent de sa sensibilité précoce aux enjeux environnementaux. Il a aussi livré une biographie familiale, « Vidal et les siens », et un texte poignant sur sa femme décédée, « Edwige, l’inséparable ». Docteur honoris causa de trente-huit universités, Edgar Morin a reçu de nombreuses distinctions.
Sa vie n’a pas été sans controverses. En 2002, il est poursuivi pour antisémitisme après avoir coécrit un article affirmant que les juifs, victimes d’un ordre impitoyable, imposent à leur tour un ordre impitoyable aux Palestiniens. Il a finalement gagné son procès en cassation.
Jusqu’à ses derniers jours, cet homme qualifié d’« optipessimiste » par lui-même est resté actif dans le débat public, publiant et donnant des entretiens. Il avait quitté Paris à 97 ans pour s’installer à Montpellier, heureux de pouvoir sortir au soleil et échanger avec ses voisins. Edgar Morin laisse le souvenir d’un esprit libre, toujours en mouvement, qui a consacré sa vie à comprendre l’humain dans toute sa complexité.
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