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Edgar Morin, l’infatigable explorateur de la pensée, est mort à 104 ans

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Figure majeure de la vie intellectuelle française, le sociologue et philosophe Edgar Morin s’est éteint à l’âge de 104 ans. Il laisse une œuvre immense, marquée par le refus des cloisonnements et la quête d’une connaissance unifiante.

Né Edgar Nahoum le 8 juillet 1921 à Paris, dans une famille juive originaire de Salonique, il perd sa mère à dix ans, une épreuve qui le hantera toute sa vie. Engagé dans la Résistance sous le pseudonyme de Morin, il rejoint ensuite le Parti communiste avant d’en être exclu. Cette expérience nourrira plus tard son livre « Autocritique », publié en 1959, où il analyse ses propres aveuglements face au stalinisme.

Sa carrière académique débute au CNRS en 1950, où il devient directeur de recherches jusqu’en 1993. Mais Edgar Morin ne se limite pas aux cadres traditionnels de la sociologie. Il s’intéresse à des phénomènes alors peu étudiés comme le cinéma, les nouvelles technologies, le sport ou les aspirations de la jeunesse. On lui attribue même l’invention du terme « yé-yé » en 1963, pour désigner l’engouement des jeunes pour la pop anglo-saxonne.

Son concept central est celui de « pensée complexe », une approche qui vise à relier des domaines habituellement séparés pour mieux comprendre l’humain dans sa globalité. Cette vision lui vaut le surnom de « penseur planétaire ». Dans ses nombreux ouvrages, il aborde aussi bien les défis écologiques, avec « Terre-Patrie » en 1992 et « L’An I de l’ère écologique » en 2007, que les questions politiques et sociales.

Edgar Morin a aussi connu la controverse. En 2002, il co-signe un article sur le conflit israélo-palestinien qui lui vaut des poursuites pour antisémitisme, mais il obtient gain de cause en cassation. Jusqu’à la fin de sa vie, il est resté actif dans les médias, publiant près d’une quarantaine d’ouvrages, le dernier en 2025.

Il avait confié en 2019, à 97 ans, son bonheur d’avoir quitté Paris pour Montpellier, où il appréciait le soleil et les conversations simples avec ses voisins. Son épouse, Sabah Abouessalam, a salué samedi un homme qui « a marqué plusieurs générations » par sa constance et sa capacité à rester en phase avec son époque.

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