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Droite dure contre gauche sociale, le duel qui décide du futur de la Colombie
Dimanche, les Colombiens votent pour le second tour de la présidentielle. Le choix est serré entre un candidat d’extrême droite soutenu par Donald Trump…

Dimanche, les Colombiens votent pour le second tour de la présidentielle. Le choix est serré entre un candidat d’extrême droite soutenu par Donald Trump et un sénateur de gauche, héritier de la première expérience progressiste du pays.
Abelardo de la Espriella, 47 ans, millionnaire et novice en politique, s’est imposé comme l’homme fort du camp conservateur. Il se fait appeler « Le Tigre » et promet une guerre sans pitié contre les groupes armés. Bombarder les camps de narcotrafiquants, construire des méga-prisons où les détenus seraient nourris « de pain et d’eau », supprimer le tribunal issu de l’accord de paix avec les Farc. Son discours séduit un électorat fatigué par la violence et les négociations sans résultat. Il veut aussi réduire de 40% l’appareil d’État, baisser les impôts et développer la fracturation hydraulique. Mais ses propos misogynes et homophobes, ainsi que son passé d’avocat de paramilitaires, lui valent de vives critiques.
Face à lui, Ivan Cepeda, 63 ans, incarne la continuité du premier gouvernement de gauche de l’histoire colombienne. Philosophe et défenseur des droits humains, ce sénateur est le fils d’un homme politique communiste assassiné avec la complicité de paramilitaires. Il mise sur le bilan de son allié Gustavo Petro, qui a réduit la pauvreté, augmenté les salaires et fait baisser le chômage. Son slogan résume sa priorité : « Pour le bien de la Colombie, les pauvres d’abord ». Il défend la stratégie de « paix totale » lancée par le président sortant, tout en reconnaissant la nécessité d’y apporter des ajustements. Mais il a été devancé au premier tour par son rival, et la dynamique est aujourd’hui en faveur de la droite dure.
La violence reste le sujet qui inquiète le plus les électeurs. Dix ans après l’accord de paix avec les Farc, le pays est secoué par une résurgence des attentats, des assassinats de dirigeants communautaires et même d’un prétendant à la présidence. Hermes Ortega, paysan dans le Putumayo, résume le sentiment de nombreux Colombiens : « Aucun des deux candidats n’est capable de résoudre le problème de la violence ». Leonora Ibarra, une agricultrice de 62 ans dans le Guaviare, a peur de la politique de fermeté extrême promise par Espriella. La polarisation est totale, jusque dans la manière de faire campagne : l’un cultive l’excentricité et les déclarations choc, l’autre privilégie un style sobre et posé.
Les relations avec les États-Unis sont un autre marqueur fort de cette élection. Abelardo de la Espriella admire Donald Trump, Javier Milei et Nayib Bukele, et promet de bombarder les narcotrafiquants avec le soutien de Washington et d’Israël. Ivan Cepeda, lui, prévient que la Colombie ne deviendra pas « une colonie » des États-Unis. Dans une région où plusieurs pays ont basculé à droite, le scrutin colombien pourrait envoyer un signal clair : soit un durcissement sécuritaire et libéral, soit le maintien d’une gauche sociale qui tente de réduire les inégalités dans l’un des pays les plus injustes du monde.

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