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Des chasseurs de prédateurs en ligne sous le feu des critiques
Ces internautes, qui se font passer pour des adolescents pour débusquer des pédocriminels, gagnent en visibilité. Mais leurs méthodes, jugées dangereuses par les autorités et les associations, suscitent une vive controverse.
Le phénomène prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux. Des streamers et des collectifs, comme l’association 211 Organisation fondée en 2025, se présentent comme des justiciers du numérique. Ils créent de faux profils de mineurs pour attirer des individus suspectés de pédocriminalité, enregistrent les échanges et les diffusent en direct. Leurs partisans y voient une réponse à l’insuffisance des moyens étatiques. Mais pour les professionnels de la protection de l’enfance, cette pratique frôle l’illégalité et compromet les enquêtes officielles.
Véronique Béchu, directrice de l’Observatoire des violences numériques faites aux mineurs, reconnaît que l’intention de ces chasseurs est compréhensible face à un phénomène massif. Elle souligne toutefois que la manière dont ils opèrent peut causer plus de tort que de bien. L’ex-responsable de l’Office mineurs de la police nationale insiste sur le risque de dérives, notamment lorsque les méthodes employées sont elles-mêmes constitutives d’infractions. L’avocat Jean Sannier, qui représente l’association Innocence en danger, dénonce des jeux du cirque où l’on expose publiquement des suspects avant tout jugement.
La porte-parole de la police nationale, Agathe Foucault, rappelle que provoquer une infraction est interdit par la loi. Elle met en garde contre la diffusion massive d’identités sur les réseaux, qui peut entraîner des poursuites pour diffamation ou atteinte à la présomption d’innocence. Elle évoque aussi le risque de violences collatérales, déjà observées dans d’autres affaires. Les streamers, de leur côté, assurent ne pas inciter leurs cibles à commettre des actes illégaux. Ils affirment se contenter de créer un compte de mineur, sans sollicitation directe.
Un autre point d’achoppement concerne l’efficacité réelle de ces opérations. Certains collectifs, pourtant structurés et dotés d’un encadrement juridique, voient leurs signalements ignorés par la justice. Les magistrats refusent parfois de cautionner ces pratiques, craignant qu’elles ne nuisent aux enquêtes. Agathe Foucault ajoute que la précipitation des chasseurs peut pousser un suspect à effacer ses données, compromettant ainsi l’identification d’éventuelles victimes. Les intéressés rétorquent que les enquêteurs parviennent généralement à récupérer les informations supprimées.
Enfin, la dimension lucrative de ces traques interroge. Si certains streamers ne tirent aucun revenu de leurs vidéos sur YouTube ou TikTok, d’autres perçoivent des souscriptions sur Twitch. Pour la police, le bon réflexe reste le signalement via la plateforme Pharos, qui permet de déclencher une enquête officielle. Comme le résume Véronique Béchu, c’est là le véritable rôle du citoyen face à un phénomène qui dépasse largement le cadre des réseaux sociaux.
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