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Data centers franciliens une soif d’électricité pour une poignée d’emplois

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La région capitale concentre l’essentiel des centres de données du pays, mais leur voracité énergétique et foncière contraste avec le nombre très réduit de postes créés.

À une trentaine de kilomètres de Paris, dans l’ancienne zone militaire de Magny-les-Hameaux, un bâtiment blanc et silencieux semble inhabité. Quelques techniciens traversent les couloirs sécurisés par empreinte digitale. Ce data center, exploité par un opérateur japonais, illustre le paradoxe de ces infrastructures numériques qui grignotent espace et mégawatts tout en générant peu d’emplois directs. Avec plus de cent soixante centres, l’Île-de-France abrite plus de sept dixièmes des capacités françaises et constitue le premier hub d’Europe continentale.

Sur le terrain, les élus locaux dressent un constat sans appel. Un maire de la région observe que le secteur ne crée que très peu de postes par rapport à la surface qu’il occupe. Quelques habitants seulement y travaillent, déplore-t-il. Cette faiblesse de l’emploi devient criante lorsque le béton numérique remplace une industrie lourde. En Seine-Saint-Denis, un responsable associatif rappelle qu’une ancienne usine employait sept cents personnes sur le même espace qu’un centre de données qui n’en compte aujourd’hui qu’une trentaine.

L’écart avec la logistique est saisissant. Un sociologue spécialiste du sujet a calculé que pour une emprise au sol équivalente, un entrepôt logistique embauche entre trois et quatre cents salariés, contre une quinzaine ou une vingtaine pour un data center. Rapporté aux investissements, le ratio devient encore plus frappant : un emploi pour vingt-quatre millions d’euros injectés. Cette disproportion fait écho aux annonces du sommet Choose France, où des milliards d’euros d’investissements promis ne devaient créer que quelques milliers d’emplois.

Au Parlement, un sénateur de l’Essonne s’interroge sur les promesses des opérateurs. Dans un département, sur mille six cents postes annoncés, seuls cinq cents auraient été effectivement créés. Il reconnaît toutefois que la majorité de ces emplois sont des contrats à durée indéterminée. Les ratios varient fortement selon les études. Un ancien président de l’autorité environnementale régionale explique que si l’on mesure l’emploi par mètre carré de bâtiment, le rapport peut atteindre mille pour un, mais que l’image change dès que l’on prend en compte l’emprise totale au sol, parkings, routes et espaces boisés compris. Il évoque alors un emploi pour dix mille mètres carrés.

Pour rendre ces sites plus acceptables, les promoteurs les affublent parfois du terme « campus », une sémantique universitaire qui masque le vide humain. Les stagiaires accueillis ne représentent pas du personnel permanent. De son côté, l’industrie défend son modèle. Le directeur général d’un opérateur japonais soutient que ses sites offrent dix fois moins d’emplois qu’un entrepôt logistique, mais dix fois mieux en qualité : des postes pérennes, locaux et non délocalisables. Il revendique plusieurs centaines d’emplois à terme, dont une soixantaine en CDI, pour une puissance de soixante mégawatts. Compter les seuls salariés de l’exploitant serait trompeur, ajoute un spécialiste du secteur, comparant le data center à une gare qui ne crée pas d’emploi en elle-même mais sans laquelle tout s’arrête.

Sur les chantiers, des jeunes sans formation initiale trouvent un tremplin. Un apprenti de vingt ans raconte avoir suivi une formation courte et signé un CDI en deux semaines. Au niveau national, la filière revendique environ cinquante mille emplois directs et indirects pour trois cents centres. Reste la manne fiscale pour convaincre les maires. Longtemps assimilés à de simples entrepôts aux faibles retombées, les data centers font désormais l’objet d’une requalification qui intègre la valeur de leurs infrastructures techniques, faisant grimper la taxe foncière, principale ressource des communes.

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