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Dans le lagon de Mayotte, la traque invisible des derniers dugongs

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Ce mammifère marin mythique, proche du lamantin, est au bord de l’extinction dans le 101e département français. Des scientifiques déploient des méthodes innovantes pour détecter les six individus encore présents.

Au nord de Mayotte, un prestataire nautique se souvient de l’unique rencontre qui a marqué sa carrière. Ce jour-là, des enfants aperçoivent un « dauphin bizarre » à l’allure de phoque près de l’îlot M’tsamboro. En déployant son drone, il découvre une mère et son petit évoluant dans les eaux turquoise du lagon, l’un des plus vastes et préservés de l’océan Indien. Cette observation est devenue un souvenir rare, car le dugong, cousin du lamantin parfois appelé vache marine, ne compte plus que six spécimens dans la région.

À la silhouette fuselée, à la peau gris ardoise et à la queue fendue comme celle d’une baleine, ce brouteur paisible avale chaque jour des dizaines de kilos d’herbes marines. L’Union internationale pour la conservation de la nature le classe vulnérable et considère comme en danger la sous-population du sud-ouest de l’océan Indien. Avant les années 1970, on estimait les dugongs mahorais à plus d’une centaine. La pêche les a presque décimés jusqu’à leur protection en 1995. Un coordinateur scientifique d’une association de protection des mammifères marins explique que la population stagne à moins de dix depuis les années 2000. Les femelles ne mettent bas qu’à partir de dix ans, puis tous les quatre à sept ans, ce qui rend la reconstitution très lente.

Pour éviter l’extinction, des chercheurs ont lancé une mission inédite en avril. Une chargée de projet pour la conservation des dugongs plonge pour récupérer des capteurs filtrants installés cinq jours plus tôt dans le nord du lagon. Ces dispositifs recueillent l’ADN perdu par les animaux via la desquamation. En laboratoire, l’analyse de cet ADN environnemental permet de savoir si un dugong est passé récemment.

Une seconde méthode, dite de filtration active, est utilisée pour la première fois à Mayotte. Une pompe munie d’un filtre à membrane aspire l’eau pendant quarante minutes sur trois kilomètres, prélevant soixante litres. Les deux techniques apportent des informations complémentaires sur la présence et les déplacements des animaux. L’objectif est de cibler les zones où concentrer les efforts de conservation.

Les associations espèrent qu’en protégeant les individus restants et leur habitat, la population pourra un jour croître, peut-être grâce à des apports venus d’autres régions. Le dugong, bien que sédentaire et fidèle à ses prairies sous-marines, peut parcourir plusieurs centaines de kilomètres. En attendant, la sensibilisation reste cruciale. Un coordinateur scientifique souligne que beaucoup pensent l’animal déjà condamné, alors que des observations persistent. « Il faut le protéger, ce ne sont pas que des légendes », conclut-il.

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