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Dans ce théâtre de banlieue, ce sont les habitants qui montent sur scène

Pendant des mois, une cinquantaine d’habitants de Bobigny ont répété aux côtés de professionnels pour donner vie à « Chez Samy », une fable sur un café…

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Dans ce théâtre de banlieue, ce sont les habitants qui montent sur scène

Pendant des mois, une cinquantaine d’habitants de Bobigny ont répété aux côtés de professionnels pour donner vie à « Chez Samy », une fable sur un café disparu. Une aventure humaine qui transforme le théâtre en lieu de rencontre et de résilience.

Sur la scène de la MC93, des collégiens, des retraités, des danseurs venus de Gaza et des comédiens amateurs se préparent à jouer ensemble. Leur pièce « Chez Samy » raconte l’histoire d’un café et d’un couple dont personne ne connaît exactement le lieu ni la date de la rencontre. Mais au-delà du spectacle, c’est tout un quartier qui s’empare du théâtre public. La metteuse en scène Claire Lasne Darcueil, ancienne directrice du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, a passé des mois à écouter les récits de vie des habitants. Elle en a tiré une fable où la fiction rencontre le réel. Samy et Samir, deux hommes qui s’aimaient et ne se disputaient que sur les circonstances de leur premier regard. Autour d’eux, une grande famille recomposée par le jeu, faite de 43 amateurs, d’un comédien professionnel, de trois chanteuses lyriques, de deux danseurs et d’un pianiste.

Chaque participant apporte sa propre histoire. Alima Sacko, 45 ans, confie que monter sur scène était un vrai défi à cause de ses problèmes neurologiques et de son anxiété en groupe. Pourtant, elle dit s’être sentie accueillie comme elle est, avec ses Doc Martens et ses vêtements noirs. Il y a aussi Zakaria Labidi, victime d’une agression raciste en Espagne en 2023, qui joue son propre rôle avec une élocution marquée par ses séquelles cérébrales. Sa phrase clef résume tout. « Vous n’allez pas faire la gueule toute ma deuxième vie », lance-t-il sur scène. Enfin, Bashar Albelbeisi, danseur palestinien grièvement blessé dans le bombardement d’un café à Gaza, incarne une personne qu’on tente de sauver d’un pays en guerre. Il pose le pied très peu de temps, mais sa présence donne une dimension universelle à cette histoire de café disparu.

La directrice de la MC93, Hortense Archambault, voit dans ce projet un moyen de créer des liens durables entre le théâtre et ses voisins. Elle aime fomenter ces aventures au long cours. Le travail corporel, guidé par le chorégraphe Feroz Sahoulamide, a permis à des amateurs comme Luc Costenoble, retraité de la RATP, de surmonter leur timidité et de bouger jusqu’à faire du smurf. Clémentine, 13 ans, résume l’esprit de l’aventure. Elle ne pensait pas qu’avec autant de monde on puisse être aussi connecté. « Chez Samy » se joue du 24 au 28 juin. Une invitation à voir le théâtre autrement, porté par ceux qui vivent à côté.

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