Politique
Bruno Retailleau pris en tenaille par les siens et les rivaux
À deux semaines de son premier grand meeting, le candidat LR voit ressurgir les vieilles fractures. Entre les sourires de Wauquiez avec Édouard Philippe…
À deux semaines de son premier grand meeting, le candidat LR voit ressurgir les vieilles fractures. Entre les sourires de Wauquiez avec Édouard Philippe et les lettres de Copé, la pression monte.
Le timing ne pouvait pas être pire pour Bruno Retailleau. Alors qu’il s’apprête à tenir un meeting décisif le 20 juin à Paris, les divisions qui ont rongé Les Républicains depuis l’ère Macron refont surface avec une violence nouvelle. Le premier signal est venu de Laurent Wauquiez. Le chef des députés LR s’est affiché tout sourire aux côtés d’Édouard Philippe lors du congrès des Jeunes agriculteurs à Bourg-en-Bresse. Un geste qui en dit long. Surtout quand Wauquiez, partisan d’une primaire, a glissé une pique bien sentie. Il a félicité l’ancien Premier ministre d’avoir compris qu’un tel événement ne se joue pas le jeudi mais la veille au soir. Une manière de tacler Retailleau, arrivé sur place le jeudi même. À cela s’ajoute un échange épistolaire tendu avec Jean-François Copé. Le candidat LR a demandé des clarifications à son soutien de la première heure, qui ne cesse de répéter qu’Édouard Philippe est le mieux placé dans les sondages. Copé a répliqué en rappelant que l’important n’est pas d’exclure mais de rassembler. Dans l’entourage de Retailleau, on juge que c’est justement cette ambiguïté qui affaiblit le parti.
Le camp Retailleau voit dans ces tensions une occasion de faire le ménage avant que la campagne n’entre dans le dur. Certains estiment même que laisser partir Copé vers Horizons ne serait pas une perte. « Il n’apportera à Édouard Philippe que sa propre voix », ironise un proche. Mais les fissures ne s’arrêtent pas là. En interne, le souvenir du psychodrame de l’automne dernier reste vif. Six membres du parti avaient alors bravé les consignes pour entrer au gouvernement. Une brèche que les rivaux exploitent sans vergogne. Éric Ciotti, l’ex-président du parti allié au RN, accueille à bras ouverts chaque élu qui quitte la maison LR. Édouard Philippe, de son côté, promet de rassembler bien au-delà d’Horizons, ce qui passe forcément par une partie des troupes de Retailleau. Ce dernier a dû couper court à une rumeur de ralliement au maire du Havre : sa candidature, assure-t-il, ira jusqu’au bout. Il peut compter sur le soutien de 74 % des adhérents, un score qui a légitimé sa candidature en avril. Mais ce chiffre ne suffit pas à effacer la fragilité. Mesuré entre 8 et 10 % dans les intentions de vote, Retailleau dispose d’un socle stable, affirme son équipe. Certains espèrent même que Gabriel Attal dépasse Édouard Philippe à l’automne, ce qui rebattrait les cartes à droite.
Le meeting du 20 juin sera scruté de près. Les premiers rangs parleront d’eux-mêmes. Gérard Larcher, Michel Barnier et Philippe Juvin ont déjà annoncé leur présence. Du côté des absents, les noms claquent : Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand, qui pourrait lui aussi se lancer dans la course, ainsi que plusieurs ministres LR et de nombreux députés. Chaque place vide sera interprétée comme un signe de défiance ou de ralliement. Un cadre d’Horizons doute que Retailleau parvienne à créer une dynamique d’ici l’automne. Mais un membre du gouvernement rappelle que l’ancien ministre de l’Intérieur avait soutenu François Fillon jusqu’au bout en 2017. Certains l’imaginent jeter l’éponge en octobre, puis en décembre, puis après Noël. Lui promet d’aller jusqu’au bout du bout. La droite retient son souffle en attendant le verdict des gradins.
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