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Beyrouth se souvient de l’enfer et les familles réclament enfin des comptes

Six ans après la déflagration qui a dévasté la capitale libanaise, les proches des disparus se sont rassemblés sur le port pour exiger que la vérité…

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Beyrouth se souvient de l'enfer et les familles réclament enfin des comptes

Six ans après la déflagration qui a dévasté la capitale libanaise, les proches des disparus se sont rassemblés sur le port pour exiger que la vérité éclate. Aujourd’hui encore, aucun responsable n’a été jugé.

Elles étaient là, sous le ciel de Beyrouth, six ans après le jour où tout a basculé. Des mères, des frères, des sœurs, rassemblés mardi sur le port détruit, pour rappeler que la douleur ne s’efface pas avec le temps. « Jusqu’à présent, nous n’avons pas obtenu justice, personne n’a été tenu pour responsable ni arrêté », lance Hiam al-Békaï, dont le fils Ahmad a péri dans l’explosion. Sa voix est celle de toutes les familles, usées par des années de silence et d’impunité. « Notre souffrance n’a pas cessé, la blessure n’a pas encore cicatrisé », souffle-t-elle.

Le 4 août 2020, l’une des plus grandes explosions non nucléaires de l’histoire réduisait en poussière des quartiers entiers de la capitale. Plus de 220 morts, 6 500 blessés, des milliers de vies brisées. La cause est connue depuis longtemps, des tonnes de nitrate d’ammonium entreposées sans aucune précaution dans un hangar, malgré les alertes répétées adressées aux plus hauts responsables. Hiam al-Békaï ne comprend toujours pas comment rien n’a bougé depuis. « Nous devrions aujourd’hui avoir en main l’acte d’accusation et savoir qui a tué nos enfants, qui a apporté le nitrate, qui l’a stocké, qui a déclenché l’explosion », martèle-t-elle. « Nous voulons que les responsables répondent de leurs actes. »

L’enquête, elle, semble tourner en rond. Le juge chargé du dossier a bien bouclé ses investigations en mars dernier, ouvrant la voie à d’éventuels procès pour près de 70 personnes entendues, dont des responsables politiques, militaires et des fonctionnaires. Mais depuis, le dossier dort au parquet, et aucune personne n’est détenue dans cette affaire au Liban. Le ministre de la Justice Adel Nassar, présent au rassemblement, assure que les choses vont enfin avancer. Le procureur prépare ses réquisitions, et ses conclusions devraient être remises au juge sous deux à trois mois. Une promesse de plus, après tant d’autres.

Le président libanais Joseph Aoun a lui aussi haussé le ton lundi, en réclamant que l’on passe enfin aux inculpations, une « nécessité qui ne supporte plus aucun délai ». Mais les familles ont appris à se méfier des belles paroles. Elles n’ont jamais cessé de dénoncer les ingérences politiques, elles qui ont vu l’enquête s’arrêter net en janvier 2023, face à l’hostilité d’une partie de la classe politique, notamment du Hezbollah. Le juge Tarek Bitar avait même été poursuivi pour insubordination, avant de pouvoir reprendre son travail au début de l’année, grâce à l’arrivée de nouveaux dirigeants qui promettaient une justice indépendante.

Sur le port, les souvenirs sont encore brûlants. William Noun, 32 ans, n’a rien oublié de ces dix jours d’enfer qu’il a vécus en cherchant les restes de son frère Joe, pompier tué dans l’effondrement. « C’est ici qu’a eu lieu ce terrible crime », dit-il en montrant l’endroit du regard. Autour de lui, les familles tiennent bon, refusant que l’histoire s’arrête dans les tiroirs d’un tribunal. Pour elles, l’anniversaire de la catastrophe ne sera vraiment passé que lorsque la justice aura enfin rendu son verdict.

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