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Belfast sous tension les émeutes anti-immigrés qui raniment les vieilles fractures

Ces violences dans les rues de Belfast ne sont pas un simple fait divers. Elles puisent dans un héritage de conflit communautaire qui marque encore la…

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Belfast sous tension les émeutes anti-immigrés qui raniment les vieilles fractures

Ces violences dans les rues de Belfast ne sont pas un simple fait divers. Elles puisent dans un héritage de conflit communautaire qui marque encore la province britannique.

Depuis mardi soir, des quartiers populaires de Belfast sont le théâtre d’émeutes. En cause, l’attaque au couteau d’un homme dans la ville, pour laquelle un ressortissant soudanais a été inculpé. Des jeunes hommes masqués, souvent issus de zones unionistes, s’en sont pris à des habitations de personnes issues de minorités ethniques. Ces affrontements ne sont pas tombés du ciel. L’Irlande du Nord porte encore les stigmates des « Troubles », ces trois décennies de guerre civile qui ont opposé jusqu’en 1998 les républicains catholiques favorables à une réunification avec l’Irlande et les unionistes protestants attachés à la couronne britannique. Aujourd’hui, les quartiers restent profondément ségrégués. Des clôtures et des panneaux séparent toujours les zones protestantes des zones catholiques, les fameuses « zones d’interface » où se concentrent les violences.

Derrière ces émeutes, des chercheurs et des habitants pointent un mélange explosif de frustrations sociales et de vieilles loyautés. Les organisations paramilitaires loyalistes, héritées des Troubles, gardent une emprise sur certains jeunes hommes dans les bastions unionistes. Mais il y a aussi un sentiment de déclassement. Le chômage des jeunes est en hausse, et l’accès au logement ou aux soins devient plus difficile. Pour beaucoup, les immigrés deviennent des boucs émissaires commodes. « Ils prennent nos logements », entend-on dans les rues. Dans certains secteurs, l’ennemi n’est plus seulement le catholique d’à côté. Il est désormais une personne à la peau différente. Les figures de l’extrême droite, comme le militant anti-islam Tommy Robinson, alimentent ce discours en affirmant que la culture locale s’effrite à cause des nouveaux arrivants.

Pourtant, au milieu des tensions, une curieuse solidarité s’esquisse. Certains manifestants, protestants et catholiques, affichent une alliance contre l’immigration. Des images mêlant le drapeau irlandais et le drapeau britannique circulent sur les réseaux sociaux. « Les Troubles sont finis, on ne veut pas que ça recommence », confie un plombier catholique qui soutient pourtant les manifestations. Mais cette union reste marginale, portée par des groupuscules d’extrême droite. La majorité des habitants, de l’avis des chercheurs, la jugeraient ridicule. Et pour les républicains, ce discours a un goût amer. « Il n’y a pas si longtemps, c’était nous qui étions chassés de nos maisons », rappelle l’un d’eux. Les vieilles blessures ne sont pas refermées, et la colère contre l’autre, qu’il soit catholique, protestant ou immigré, continue de s’embraser très vite. La question est de savoir si cette nouvelle flambée va raviver des haines anciennes ou au contraire pousser la société nord-irlandaise à inventer un autre avenir.

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