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Auditionner un enfant victime le moment qui décide de tout

Des auditions mal menées ou trop tardives peuvent briser une enquête. Pourtant, bien réalisées, elles deviennent la clé pour obtenir justice.

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Auditionner un enfant victime le moment qui décide de tout

Des auditions mal menées ou trop tardives peuvent briser une enquête. Pourtant, bien réalisées, elles deviennent la clé pour obtenir justice.

Le temps joue un rôle crucial dans la façon dont un enfant livre son témoignage. Plus les semaines passent, plus les souvenirs s’effacent et plus le cerveau enfouit les images traumatisantes pour se protéger. Des professionnels racontent des cas où des enfants de maternelle ont dû attendre plusieurs mois avant d’être entendus, parfois deux ans après les faits. Dans ces situations, le récit devient fragile et les enquêteurs peinent à établir une version solide. Or sans preuve matérielle, la parole de l’enfant est souvent le seul élément sur lequel repose toute la procédure. Quand elle est recueillie trop tard ou sans méthode, le dossier vacille et le classement sans suite guette.

Heureusement, des dispositifs existent pour éviter ces dérapages. Le protocole NICHD, reconnu internationalement, impose des questions ouvertes jamais suggestives, une mise en confiance progressive et une écoute bienveillante. Dans certains commissariats, des salles spécialement conçues pour les enfants permettent de dessiner, d’utiliser des poupées ou de dialoguer derrière une vitre sans tain. Les auditions y sont filmées pour limiter les répétitions traumatisantes et garder une trace des émotions et des gestes. À l’hôpital, des unités d’accueil pédiatrique regroupent audition, examen médical et soins en un même lieu. Quelques gendarmeries utilisent même des chiens d’assistance pour apaiser les jeunes victimes. Ces outils existent, mais ils restent inégalement répartis sur le territoire.

Le vrai problème reste le manque de formation des enquêteurs. Dans certaines auditions, on a posé à des enfants de 11 ans des questions inappropriées, comme s’ils avaient ressenti du plaisir. Ces erreurs offrent des brèches à la défense et fragilisent l’accusation. Résultat 73% des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs sont classées sans suite et seulement 3% des plaintes pour viol aboutissent à une condamnation. Une commission d’experts a recommandé de former tous les policiers et gendarmes au protocole NICHD et de généraliser les salles adaptées. Aujourd’hui, on compte environ 400 salles Mélanie et un peu plus de 2 900 enquêteurs formés. Les unités hospitalières, elles, souffrent de pénuries de personnel et d’horaires réduits. Pour les familles et les avocats, c’est une loterie. Le temps, l’écoute et les moyens manquent cruellement. Et ce sont les enfants qui paient le prix de ces lacunes.

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