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Au Japon, le papier résiste à l’IA grâce aux fanzines faits main

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L’édition traditionnelle s’effondre, mais les magazines artisanaux connaissent un regain inattendu. Artistes et jeunes créateurs misent sur le toucher et l’émotion que le numérique ne peut pas offrir.

Au pays du Soleil-Levant, l’industrie du livre et du journal vit une crise historique. Depuis le pic des années 1990, les ventes de magazines et d’ouvrages ont chuté de près de 40%, et la diffusion des quotidiens papier a été divisée par plus de deux. Pourtant, dans une imprimerie de Kyoto, une vieille presse mécanique tourne à plein régime. Son propriétaire, le journal local Kyoto Shimbun, cherche des débouchés alternatifs face à la baisse des abonnements. Il met ses machines à disposition d’artistes qui veulent créer des photolivres, des fanzines, des revues autoéditées. Ces objets hybrides, entre œuvre d’art et publication, séduisent un public de plus en plus large, des adolescents aux septuagénaires. Le marché de l’autoédition a presque doublé en quatre ans pour atteindre plus de 800 millions d’euros. Un paradoxe qui intrigue.

Kazuma Obara et Akihico Mori, deux créateurs de 40 et 44 ans, font partie de cette vague. Les mains tachées d’encre, ils assistent à l’impression de leur photo-essai sur la presse mise à disposition. Pour Obara, le papier est un média qui sollicite les cinq sens, contrairement aux écrans. Il souligne que la presse écrite permet le partage et la discussion, tandis que les smartphones enferment chacun dans sa bulle. Son complice Mori ajoute qu’en tenant une œuvre entre ses mains, on ressent la passion de l’artiste, une émotion que l’intelligence artificielle ne peut pas reproduire. L’imprimeur Yoshihiko Okazaki constate que ce phénomène attire les jeunes, précisément parce que le côté ancien et artisanal devient un atout. « C’est intéressant parce que c’est ancien », entend-il souvent. Dans les grandes librairies de Tokyo, comme la célèbre Sanseido du quartier de Jimbocho, les rayons s’ouvrent désormais à ces revues indépendantes, qui attirent un public différent.

Les salons de fanzines connaissent un succès fulgurant. Des centaines de créateurs y présentent leurs ouvrages, parfois dessinés à la main, en noir et blanc, chacun racontant une vision du monde unique. Harumi Kikuchi, une visiteuse de 22 ans, y voit une alternative aux algorithmes des réseaux sociaux, qui ne montrent que ce qu’ils veulent bien nous montrer. Watashi Kishino, une artiste qui illustre son quotidien au stylo, reconnaît que l’IA et le numérique sont puissants, mais elle croit au charme de tenir quelque chose de tangible entre ses mains. Pour elle, le papier dégage une chaleur que les écrans ne connaîtront jamais. Et malgré l’essor des technologies, elle reste convaincue que les livres et les magazines physiques ont de l’avenir.

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