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Culture

Au Japon le papier fait de la résistance face à l’IA et séduit une nouvelle génération

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Alors que l’édition traditionnelle s’effondre, artistes et jeunes redonnent vie aux magazines artisanaux. Un phénomène qui prouve que même à l’ère du numérique, toucher du papier reste une expérience unique.

Dans une imprimerie de Kyoto, le bruit des machines et l’odeur de l’encre emplissent l’air. Deux créateurs, les mains noircies, regardent leurs œuvres prendre forme sous la presse. Pour Kazuma Obara, photographe de 40 ans, le papier ne se contente pas d’afficher des images. Il réveille tous les sens. Contrairement aux écrans de téléphone, trop individuels, un journal peut se partager, se lire à plusieurs. Avec son complice Akihico Mori, il utilise une presse mise à disposition par un quotidien local qui cherche de nouvelles façons de faire vivre ses machines face à la chute des abonnements. Leur travail a été montré au célèbre festival Kyotographie, preuve que l’artisanat du livre a encore de beaux jours devant lui.

Le Japon a pourtant vu ses ventes de livres et magazines chuter de 40% depuis leur record de 1996. La diffusion des journaux papier, elle, a été divisée par près de trois en trente ans. Mais dans ce paysage morose, un mouvement discret prend de l’ampleur. Les fanzines, ces petites publications faites main nées dans les années 1930 chez les fans de science-fiction aux États-Unis, connaissent un vrai regain. Selon une étude de la télévision publique NHK, le marché de l’autoédition au Japon pèse aujourd’hui plus de 800 millions d’euros, presque le double qu’il y a quatre ans. Et ce ne sont pas que des nostalgiques. Yoshihiko Okazaki, responsable d’imprimerie, voit défiler des clients de tous âges, de l’adolescent au septuagénaire. Ce qui attire, dit-il, c’est l’authenticité. Les jeunes eux-mêmes trouvent le papier intéressant justement parce qu’il est ancien.

Un salon de fanzines à Tokyo a récemment attiré une foule nombreuse. Harumi Kikuchi, une visiteuse de 22 ans, explique que sur les réseaux sociaux, on ne voit que ce qu’on veut voir. Les zines, au contraire, proposent une multitude de visions du monde. Watashi Kishino, une créatrice qui dessine son quotidien à la main, reconnaît que l’IA sait faire beaucoup de choses. Mais pour elle, rien ne remplace le charme d’un objet qu’on tient entre ses mains. Même les grandes librairies s’y mettent. À Tokyo, Sanseido, une librairie centenaire du quartier de Jimbocho, accueille désormais ces revues autoéditées sur ses étagères. Leur responsable estime qu’elles attirent un public différent, pas forcément celui des lecteurs classiques. Et Watashi Kishino veut croire que les livres physiques ont encore de beaux jours devant eux. Le papier, dit-elle, a une chaleur que le numérique ne pourra jamais copier.

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