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À Villepinte, la surpopulation carcérale aggrave les souffrances de la canicule

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En pleine vague de chaleur, le centre pénitentiaire de Seine-Saint-Denis compte près de 1 400 détenus pour 703 places. Des élus dénoncent des conditions de détention indignes, confirmées par un récent rapport de l’ONU.

L’air est lourd, les fenêtres grillagées sont obstruées par des serviettes humides, et les ventilateurs peinent à rafraîchir les neuf mètres carrés des cellules. À Villepinte, vivre une canicule à trois par cellule est jugé « inhumain » par les prisonniers. Une députée de gauche, lors d’une visite surprise vendredi, a pu constater cette réalité étouffante.

Dès son arrivée, elle croise un jeune transporté en fauteuil roulant après un malaise survenu dans la cour de promenade. « La nuit, il fait chaud, les moustiques entrent même si je fabrique une moustiquaire avec mon sac à linge », raconte un mineur incarcéré depuis quatorze mois. « Les cris aux barreaux sont permanents, et les tensions montent plus vite avec la chaleur. » Les mineurs ont la chance d’être seuls dans leur cellule, mais dans le reste de l’établissement, la cohabitation à trois devient la norme.

La capacité officielle est largement dépassée : 1 332 détenus étaient présents lors du passage de l’élue, dont près de deux cents dorment sur des matelas posés au sol. Un jeune de vingt ans montre avec amertume son lit de fortune installé depuis un an. La promiscuité est totale, et les détenus subissent les informations télévisées qui répètent les effets de la canicule… à l’extérieur des murs.

L’accès aux douches est limité à trois fois par semaine, une conséquence directe de la surpopulation. « On a douche lundi, mercredi et vendredi », se plaint un prisonnier. « Je ne nie pas l’utilité de la détention, mais qu’on nous mette dans de meilleures conditions. » La députée répond en évoquant les privilèges accordés à certains anciens présidents incarcérés. Subir la chaleur en attendant son procès est vécu comme « une double peine ». Un détenu pointe la lenteur de la justice, tandis qu’un autre plaide pour des alternatives comme le bracelet électronique.

Les surveillants, en gilet pare-balles, souffrent aussi de la chaleur mais veillent sur les plus vulnérables. « On distribue des bouteilles d’eau, on surveille les personnes âgées », explique une agente. Dans les couloirs, des fresques de Samuel Paty, Victor Hugo ou Nelson Mandela tentent d’adoucir l’ambiance, mais l’odeur de cuisine imprègne les lieux.

L’établissement dispose d’un module « Respect » où les détenus circulent librement et ont accès aux douches à volonté. Pourtant, même là, l’eau est brûlante en été. « À deux, c’est gérable, mais à trois, c’est inhumain », juge un quinquagénaire. La députée dénonce un bâti « obsolète et insalubre », tandis que le directeur de la prison, présent deux heures durant, approuve sans mot dire.

Jeudi, un sous-comité de l’ONU pour la prévention de la torture avait déjà alerté sur la grave surpopulation carcérale en France, parlant de « traitement inhumain ou dégradant ». Au 1er mai, un nouveau record était atteint avec 88 654 détenus dans le pays.

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