Europe
À Malte le béton avale les champs une agricultrice résiste encore
Annalisa se bat pour sauver son champ de blé, menacé par une route que les promoteurs veulent construire. Son combat révèle une île où l’urbanisation…
Annalisa se bat pour sauver son champ de blé, menacé par une route que les promoteurs veulent construire. Son combat révèle une île où l’urbanisation galopante grignote terres agricoles, eau et patrimoine.
Annalisa Schembri ne dort plus paisiblement. La nuit, cette agricultrice de 42 ans imagine le bruit des pelleteuses sur son champ de blé, dans le sud de Malte. Pendant des mois, elle a mené une campagne médiatique pour empêcher la construction d’une route sur sa parcelle. Sa famille exploite cette terre depuis trois générations, mais elle ne la possède pas. Le terrain avait été donné à l’Église catholique, puis confié au gouvernement dans les années 1990. Jusqu’en 2006, la loi protégeait les terres agricoles et le loyer restait symbolique. Mais un changement législatif a tout bouleversé. Depuis, n’importe quelle parcelle peut devenir constructible. Résultat, les promoteurs ont obtenu l’autorisation de goudronner le champ d’Annalisa pour bâtir des logements sur un terrain voisin. Le gouvernement a promis de ne pas réaliser la route, mais le permis de construire reste valable. Une épée de Damoclès.
Ce que les promoteurs détruisent, ce ne sont pas seulement des terres fertiles et vierges, explique l’agricultrice qui cultive aussi tomates, courgettes et melons. C’est tout un équilibre écologique qui vacille. À Malte, il ne pleut quasiment plus. Le pays subit des sécheresses record et une désertification aggravée par l’urbanisation intensive. Pourtant, la construction effrénée a détruit des puits et des nappes phréatiques. L’eau, unique source d’eau douce naturelle, est menacée. Pour Annalisa, perdre ces ressources, c’est perdre l’alimentation et la sécurité du pays. L’île, déjà très dépendante des importations, se fragilise un peu plus chaque jour.
Le boom immobilier, c’est aussi un casse-tête politique. Le Parti travailliste, réélu en mars dernier, a promis de suspendre les projets contestés pendant les procédures judiciaires. Jusqu’ici, les promoteurs pouvaient construire avant toute décision de justice, ce qui créait une faille juridique énorme. Mais des experts restent sceptiques. Michael Briguglio, de l’Université de Malte, estime que les deux grands partis sont « à la solde des promoteurs ». L’économie florissante, la population qui a bondi de 30% en dix ans et l’afflux de quatre millions de touristes en 2025 exercent une pression urbanistique dévastatrice. Les habitants fuient les villes étouffantes et construisent à leur tour dans les campagnes, alimentant un cercle vicieux. Les grues sont partout. Les bâtiments historiques en calcaire doré disparaissent. Les enfants ne jouent plus dans les champs. Annalisa Schembri résume son île d’un mot « sous stéroïdes ». Elle ajoute, lasse « Je m’attends à ce que Malte finisse par s’effondrer ou imploser. »
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