Europe
Une vague de jeunesse traverse l’Europe et réclame un avenir moins précaire
Des dizaines de milliers de jeunes Allemands ont manifesté à l’appel de GenZ regelt, après des mobilisations en France, en Belgique, en Espagne et en…

Des dizaines de milliers de jeunes Allemands ont manifesté à l’appel de GenZ regelt, après des mobilisations en France, en Belgique, en Espagne et en Italie. Le coût de la vie, le logement, l’éducation et la défiance envers les institutions nourrissent une colère commune.
En Allemagne, des dizaines de milliers de jeunes ont répondu à l’appel d’un collectif nommé GenZ regelt, autrement dit la Génération Z s’en charge. Ce rassemblement s’inscrit dans une suite de mobilisations observées en France, en Belgique, en Espagne et en Italie. Dans le même temps, des centaines de milliers de personnes ont manifesté en France et l’Italie a connu une mobilisation de grande ampleur. Les lycéens et les étudiants occupent le devant de la scène. Leur moteur se résume à deux ressorts, le coût de la vie qui pèse sur le quotidien et une défiance grandissante envers les institutions.
En France, le mouvement est né dans les lycées et sur les campus pour obtenir plus de moyens, notamment des postes d’enseignants et la rénovation des établissements. Les jeunes dénoncent aussi un système d’orientation vers l’université trop opaque. Leurs revendications traduisent un sentiment d’avenir bloqué et de déclassement social, et elles ont trouvé un large écho. Une grande journée de mobilisation a réuni entre 550 000 et 800 000 personnes après plusieurs semaines de protestation lycéenne. Des commerces ont été pris pour cible, des bâtiments publics incendiés et des affrontements avec la police ont éclaté dans plusieurs villes. Sylvain Boulouque, historien français spécialiste des mouvements sociaux, estime que « c’est un mouvement européen mais la France a servi de catalyseur ».
Peu après, plus de 10 000 personnes ont manifesté dans plusieurs villes grecques. Certains brandissaient des banderoles en grec et en français avec les mots « L’espoir est dans la lutte des peuples ». Filippos Armen, étudiant en physique à l’université Aristote de Thessalonique, résumait le sentiment partagé en affirmant que « les problèmes sont communs à de nombreux pays européens ».
Pour Geoffrey Pleyers, sociologue belge spécialiste des mouvements sociaux à l’université catholique de Louvain, beaucoup de jeunes affrontent « un modèle à bout de souffle ». « Ce qu’on leur propose, c’est au mieux un emploi, pour beaucoup précaire », explique-t-il. Les études ne garantissent plus le niveau de vie des parents, entre loyers élevés et crise climatique. Dans plusieurs mobilisations, en Espagne, au Portugal et en Grèce, le logement occupe une place centrale parce qu’il touche directement au pouvoir d’achat et à une répartition des richesses de plus en plus inégale.
Máriam Martínez-Bascuñán, professeure de science politique à l’Université autonome de Madrid, insiste sur le poids de l’incertitude dans ce mécontentement. Elle évoque un « effet de contagion » produit par les images de manifestations en France et par les campements de militants du droit au logement au Portugal. Sylvain Boulouque relève que les jeunes ont une conscience aiguë du poids de la dette et des problèmes environnementaux créés par les générations précédentes. Ils ont « le sentiment d’être sacrifiés », ajoute-t-il. Il pointe aussi un effet inattendu de l’interdiction des portables dans les lycées français. Les élèves se sont remis à discuter et à lever le nez, ce qui leur a fait constater la dégradation de leurs conditions de travail.
En Allemagne, la perspective d’un retour au service militaire, dans un contexte de réarmement et de tensions géopolitiques avec la Russie, a nourri la mobilisation des jeunes. Ailleurs, la contestation agrège d’autres colères. En France, les étudiants ont été rejoints par les gilets jaunes, à l’origine d’un mouvement contre la hausse du coût de la vie. Après trois journées de manifestations en trois semaines, les syndicats ont appelé à la grève. En Italie, des chauffeurs routiers, des conducteurs de taxi et des agriculteurs mobilisés contre la flambée des prix du carburant se sont joints aux manifestations.
Au cœur des frustrations figure le sentiment d’inégalités sociales accrues. « Les jeunes dont les parents vivent confortablement ont une vie plus confortable et, à l’inverse, ceux qui viennent de secteurs plus précarisés ont une vie beaucoup plus difficile aujourd’hui », souligne Geoffrey Pleyers. Un autre point commun est le sentiment de ne pas être entendu, avec une distance et une dissociation croissantes entre les populations et les États. Plusieurs scrutins majeurs approchent, avec des législatives en Espagne, une présidentielle en France et des élections en Italie et en Grèce. Pour Geoffrey Pleyers, « les périodes préélectorales ne sont généralement pas favorables à ce type de mouvement ». Il ajoute qu’« généralement, il y a un espoir porté sur un candidat, l’espoir d’une alternative ».
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