Politique
Cures thermales, les sénateurs des territoires montent au front contre le transfert vers les mutuelles
Près d’une soixantaine de parlementaires issus de 42 départements thermaux demandent au gouvernement de renoncer à faire porter aux complémentaires santé…

Près d’une soixantaine de parlementaires issus de 42 départements thermaux demandent au gouvernement de renoncer à faire porter aux complémentaires santé le remboursement des cures. Ils réclament d’être reçus, et surtout entendus, avant que l’expertise scientifique ne rende son verdict.
La lettre est partie pour Matignon. Une soixantaine de sénateurs, élus de 42 départements où les curistes font tourner des économies locales entières, ont demandé à Sébastien Lecornu de renoncer au projet qui déplacerait le remboursement des cures thermales vers les complémentaires santé. Le courrier, porté par des parlementaires de droite, de gauche et du centre, réclame aussi une rencontre avec l’exécutif. Un front transpartisan, donc, sur un sujet qui touche autant la santé publique que l’aménagement du territoire.
L’initiative revient à Jean-Marc Boyer, sénateur Les Républicains du Puy-de-Dôme. Il a porté le sujet jusque dans l’hémicycle, en accusant le gouvernement de vouloir « casser la filière thermale française ». Dans le courrier, les signataires posent leur argument principal. « Le thermalisme mérite un débat transparent, contradictoire et respectueux du travail scientifique en cours », écrivent-ils, avant d’ajouter que « l’avenir de cette médecine, l’accès aux soins de milliers de patients et l’équilibre de nombreux territoires ne peuvent se décider sans dialogue ni avant que l’expertise sollicitée ait rendu ses conclusions ».
Derrière la lettre, il y a un chiffrage. Le projet de budget de la Sécurité sociale, rejeté par l’Assemblée nationale et désormais entre les mains du Sénat, prévoit de faire économiser 200 millions d’euros à l’Assurance maladie en reportant cette dépense sur les complémentaires santé. Pour les parlementaires, le compte n’y est pas. Ils soulignent que la Haute Autorité de santé a été saisie l’an passé et planche toujours sur l’apport thérapeutique réel des cures. La ministre de la Santé Stéphanie Rist a elle-même indiqué devant la chambre haute que ses conclusions ne tomberaient pas avant la fin 2027. Un décalage qui fait bondir les élus. « Toute évolution doit pouvoir s’appuyer sur une expertise scientifique achevée », insistent-ils.
Le gouvernement, lui, conteste toute idée de sortie du remboursement. « Nous ne proposons pas un déremboursement, il s’agit d’une nouvelle répartition entre l’assurance maladie obligatoire et les mutuelles qui pourront toujours prendre en charge le complément », a défendu la ministre. Autrement dit, le coût ne disparaît pas, il change de guichet. Ce qui, pour les intéressés, revient à faire peser sur les patients et leurs contrats une dépense aujourd’hui solidaire.
Le sujet n’en est pas à sa première passe d’armes. Les discussions budgétaires de l’année précédente avaient déjà tendu les deux chambres, avec de longues heures consacrées aux cures thermales et des alliances de circonstance entre élus de bords opposés, tous originaires de territoires concernés. Cette fois, les signataires posent un préalable simple avant toute réforme des conditions de prise en charge. Attendre les résultats de l’évaluation en cours.
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