Économie
Les Bourses vacillent, le pétrole et les taux imposent leur loi
Les marchés européens reculent doucement, plombés par la flambée des rendements obligataires et un pétrole qui reste bien au-dessus des 100 dollars. À New…


Les marchés européens reculent doucement, plombés par la flambée des rendements obligataires et un pétrole qui reste bien au-dessus des 100 dollars. À New York, les contrats à terme annoncent une ouverture dans le rouge.
Rien de spectaculaire, mais une érosion qui se confirme. À Paris, le CAC 40 lâche 0,34% pour s’installer à 8 095,76 points en milieu de séance. Francfort suit le mouvement avec un Dax en repli de 0,37%, tandis que Londres sauve presque les apparences, son FTSE 100 ne cédant que 0,01%. Les grands indices du continent partagent la même tendance, l’EuroStoxx 50 perdant 0,28%, le FTSEurofirst 300 0,27% et le Stoxx 600 0,28%.
Outre-Atlantique, la journée s’annonce plus rude encore. Les futures sur le Dow Jones signalent une ouverture en baisse de 0,38%, ceux du S&P 500 de 0,6% et le Nasdaq, plus exposé aux valeurs technologiques, de 1,03%. Le moteur de cette prudence tient en un mot, la dette. Les rendements obligataires continuent de grimper, aux États-Unis, en Europe comme au Japon, portés par des chiffres d’inflation qui accélèrent et une économie qui refuse de faiblir. Résultat, les investisseurs anticipent un tour de vis monétaire supplémentaire.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le rendement du Trésor américain à dix ans prend 1,3 point de base pour atteindre 5,1268%, et la maturité à trente ans touche un sommet inédit depuis 2004, à 5,4439%. En Europe, le Bund allemand à dix ans, référence de la zone euro, gagne 2,8 points à 3,5752%, dépassant son plus haut de dix-sept ans atteint la semaine passée. La France n’est pas épargnée. Le taux de l’OAT à dix ans s’affiche à 4,6884% après avoir franchi la veille le seuil des 4,65%, un niveau plus vu depuis plus de dix-huit ans. L’écart avec l’Allemagne se creuse à 111 points de base, du jamais-vu depuis la mi-2012.
Plusieurs ingrédients alimentent cette tension. Les enquêtes PMI sur l’activité du secteur privé américain se sont révélées encourageantes, et une adjudication à cinq ans des bons du Trésor a été mal accueillie. S’y ajoutent des inquiétudes budgétaires qui pèsent sur les échéances les plus longues. Sur les marchés, on parie désormais sur un deuxième tour de vis de la Réserve fédérale dès le mois prochain, et peut-être un autre en décembre. Le président de la Fed de New York, John Williams, a conforté cette lecture en jugeant raisonnable un nouveau relèvement des taux pour contenir les risques inflationnistes.
Dans la zone euro, les opérateurs tablent sur une hausse de 25 points de base d’ici la fin de l’année, avec environ 40% de probabilité qu’une seconde suive. Pour l’instant, l’économie européenne encaisse. Les grands instituts allemands ont relevé leurs prévisions de croissance pour 2026 et 2027, soulignant que la première économie du continent avait fait mieux que prévu au premier semestre. Chez AXA, l’économiste en chef Gilles Moec résume le malaise ambiant. Une inflation élevée, des banquiers centraux au discours restrictif, des besoins de financement du secteur technologique qui créent une pression concurrentielle, et aucune perspective rassurante du côté de la dette américaine. Trois banques centrales hors zone euro se sont prononcées, celles de Suisse, de Norvège et de Suède. La Norges Bank est la seule à avoir relevé ses taux, mais l’inflation reste une préoccupation majeure pour les trois institutions.
À cela s’ajoute un contexte géopolitique toujours instable. Des responsables iraniens ont discuté avec des émissaires américains en marge de l’Assemblée générale des Nations unies cette semaine, mais les deux camps laissent entendre que les avancées sont minces. Donald Trump reçoit par ailleurs son homologue chinois Xi Jinping à la Maison-Blanche pour une visite d’État qui s’annonce pauvre en accords majeurs.
Le pétrole en profite. Après un bond de 4% la veille, le Brent gagne encore 1,66% à 104,79 dollars le baril, et le brut léger américain 1,28% à 93,34 dollars. Téhéran se dit ouvert à la diplomatie, mais les deux pays restent très éloignés sur la manière d’y parvenir. La Commission européenne s’est dite préoccupée par des informations, démenties par la Maison-Blanche, selon lesquelles Washington envisagerait d’interdire les exportations de gazole pour freiner la flambée des prix. Le diesel dépasse déjà les 6,50 dollars le gallon aux États-Unis, conséquence des perturbations majeures du commerce mondial de pétrole.
Côté valeurs, Trigano cède 0,53% après la publication de ses résultats pour l’exercice 2025-2026. À Francfort, Shelly Group bondit de 3,7%, porté par l’intention de Schneider, en hausse de 0,72%, de lancer une offre publique d’achat sur ce spécialiste bulgare de la domotique. Le suédois H&M recule de 1,2% après ses comptes du troisième trimestre. Mercedes-Benz perd 1,54%, un hebdomadaire économique allemand évoquant une réduction de 800 millions d’euros des coûts salariaux dans le pays. Par secteur, la technologie abandonne 1,54% après son récent rallye, tandis que l’énergie avance de 0,78% grâce au pétrole.
Sur le marché des changes, le dollar gagne 0,15% face à un panier de devises de référence et évolue près de son plus haut de deux mois, soutenu par les anticipations de hausses de taux. L’euro cède 0,08% à 1,1371 dollar. Les investisseurs surveilleront les inscriptions hebdomadaires au chômage aux États-Unis, attendues autour de 201 000 contre 196 000 la semaine précédente.
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