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Le pape Léon XIV veut arracher l’humanité au paradis des machines

À Paris, le pape a mis en garde contre le risque de perdre notre humanité face à des technologies qui envahissent nos vies. Un avertissement qui s’inscrit…

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Le pape Léon XIV veut arracher l'humanité au paradis des machines

À Paris, le pape a mis en garde contre le risque de perdre notre humanité face à des technologies qui envahissent nos vies. Un avertissement qui s’inscrit dans un projet bien plus vaste.

Devant Emmanuel Macron, à Paris, le pape Léon XIV a lancé vendredi un message qui dépasse largement le cadre religieux. « Pour ne pas perdre notre humanité au milieu du paradis de machines qui envahissent et conditionnent notre quotidien, il est urgent de former les esprits à un discernement éthique », a-t-il déclaré lors de sa visite apostolique en France. Le pontife américain, qui a fait de l’intelligence artificielle un thème majeur du début de son pontificat, appelle à replacer la personne humaine au coeur de toute réflexion. Il a repris une formule de l’écrivain Georges Bernanos, qui fustigeait après la Seconde Guerre mondiale une société industrielle obsédée par l’efficacité et le profit.

Pour lui, une société authentiquement libre n’impose pas l’uniformité. Elle protège la diversité des consciences, prévient les dérives autoritaires et favorise un dialogue éthique. Cette position n’a rien d’un discours isolé. En mai, à peine un an après son élection, le pape publiait « Magnifica humanitas », la première encyclique jamais consacrée à l’IA. Il y appelait à « désarmer » cette technologie pour l’empêcher de dominer l’humain, en pointant le risque de voir les données, les infrastructures et la puissance de calcul se concentrer entre quelques mains.

Le Vatican a multiplié ces dernières années les échanges avec des universitaires et des dirigeants de la Silicon Valley. Objectif, anticiper les conséquences anthropologiques, sociales et éthiques de cette révolution, de l’usage militaire de l’IA à la surveillance de masse qu’elle rend possible. Le choix du nom du pape n’a d’ailleurs rien d’anodin. En 1891, Léon XIII publiait « Rerum novarum », le grand texte de la doctrine sociale de l’Église face aux bouleversements d’une époque marquée par l’essor du capitalisme et la condition ouvrière. Pour François Mabille, directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux, Léon XIV « ne voit pas l’IA comme une simple innovation technique supplémentaire, mais comme une mutation comparable à la révolution industrielle du XIXe siècle ».

Son engagement ne se limite pas à des interventions morales. Ce pape de 71 ans, premier à porter une montre connectée, veut structurer un véritable écosystème de gouvernance mondiale de l’IA. Il a approuvé en mai la création d’une commission interdiscatérielle, l’équivalent d’un interministériel au Vatican, chargée d’élaborer les positions du Saint-Siège. Paolo Benanti, conseiller de premier plan du Vatican sur ces questions, a rappelé l’ampleur des enjeux financiers. Selon lui, les plus grandes entreprises investiront 700 milliards de dollars dans l’IA l’an prochain, soit l’équivalent des PIB cumulés de l’Algérie et du Portugal. Des sommes qui, estime le théologien, empêchent les démocraties d’intervenir. Il a suggéré la création d’un tribunal international de l’IA comme contrepoids aux dérives possibles.

Le pape devait renouveler vendredi son appel à réguler l’IA au siège de l’Unesco. Il a aussi mis en garde contre l’illusion que la science et la technologie seraient une solution et une consolation à toutes nos souffrances. Il s’est dit préoccupé de voir détourner ces avancées vers des entreprises lucratives, citant les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l’achat d’organes ou l’offre d’une mort programmée. Pour Eric Salobir, président de la Human Technology Foundation et conseiller auprès du Vatican, ce pape « n’est pas un activiste » et ne fait pas de politique au sens politicien. Mais chacun de ses actes possède une portée politique importante, et il en a conscience. « C’est cela, le rôle du pape. Stimuler la réflexion, challenger et montrer un cap. »

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