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Vêtements usagés : une campagne pour tout jeter dans les bornes de collecte

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Face à l’engorgement des filières de recyclage textile, l’éco-organisme Refashion lance une vaste opération de sensibilisation pour inciter les consommateurs à déposer l’intégralité de leurs déchets textiles dans les points de collecte dédiés.

Jeans délavés, torchons jaunis, chaussettes orphelines : tous ces articles doivent désormais rejoindre les bornes de collecte. L’éco-organisme Refashion, chargé par les pouvoirs publics de la gestion des déchets textiles, affirme prendre en charge l’ensemble de ces produits. Cette initiative intervient alors que les acteurs du secteur, comme Emmaüs, alertent sur l’ampleur des volumes à traiter.

La surconsommation de vêtements, de linge de maison et de chaussures ne cesse de croître. Chaque année, 3,5 milliards d’articles neufs sont mis sur le marché en France, des produits qui, inévitablement, deviendront des déchets selon la directrice générale de Refashion. Or, les deux tiers de ces textiles finissent dans les poubelles ménagères, destinés à l’incinération ou, pire, à l’enfouissement, une situation qualifiée de catastrophe écologique.

La campagne de sensibilisation lancée mardi par Refashion vise à détourner ces déchets des ordures ménagères. L’objectif est de récupérer les dix kilos de textiles que chaque foyer jette chaque année dans les poubelles domestiques, afin de les valoriser. Cette valorisation peut passer par le recyclage, par exemple en isolant pour l’industrie automobile, ou par la transformation en combustibles solides de récupération destinés à alimenter des usines et des collectivités.

Les acteurs de la collecte, comme Emmaüs, se disent pourtant submergés par les volumes collectés et alertent sur la fragilité de leur modèle économique. La crise avait éclaté au grand jour l’an dernier lorsque le réseau Le Relais avait déversé des tonnes de vêtements devant de grandes enseignes. Ces structures de l’économie sociale et solidaire tirent leurs revenus de la revente des articles en bon état, la crème de la collecte, dans leurs magasins ou à l’exportation.

Mais la qualité des textiles collectés se dégrade. En 2014, Emmaüs parvenait à valoriser 64 % de ces articles, contre 56 % dix ans plus tard. L’essor de la mode éphémère et la revente de vêtements en bon état sur des plateformes comme Vinted privent ces organismes de cette précieuse crème et les submergent de textiles inutilisables.

Depuis janvier, Refashion a l’obligation de reprendre sans frais ces textiles indésirés auprès de la Croix-Rouge, de certaines antennes Emmaüs, du Secours Catholique et du réseau national des ressources et des recycleries. L’objectif est de les soulager de ce fardeau. Cependant, Refashion a récemment été sanctionné pour non-respect de cette obligation par la direction générale de la prévention des risques.

L’éco-organisme se défend en expliquant que la grève de la collecte de l’été 2025 menée par les opérateurs de tri a entraîné une multiplication des demandes de reprise sans frais, mettant le dispositif sous tension. Le délégué général d’Emmaüs craint que Refashion ne soit pas suffisamment opérationnel pour assumer cette mission. Il affirme recevoir régulièrement des appels de structures sur le terrain signalant des prises en charge insuffisantes au regard des volumes à traiter.

Refashion répond que sur une cinquantaine de demandes d’enlèvement émanant d’Emmaüs depuis janvier, environ 96 % sont effectivement traitées. Les autres seraient incomplètes, erronées ou en cours de validation. L’éco-organisme assure que le dispositif est pleinement opérationnel depuis janvier.

Alors que le gouvernement s’apprête à annoncer un nouveau cahier des charges pour la filière textile, les acteurs de l’économie sociale et solidaire redoutent que la priorité soit donnée à la transformation en combustible au détriment du réemploi, qui reste selon eux la solution la plus vertueuse.

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