Monde
Une mère afghane face à l’impunité
Alors que Kaboul pleure des centaines de victimes civiles après un bombardement sur un centre médical, une femme cherche son fils et exige que la vérité soit établie.
Samira Muhammadi conserve l’image de son fils de vingt ans, disparu dans la nuit du 16 mars. Comme elle, des dizaines de familles à Kaboul tentent de retrouver des proches après qu’une frappe aérienne a détruit un hôpital accueillant des personnes en traitement pour addiction. Les autorités en place évoquent un bilan de plusieurs centaines de morts parmi les civils, un chiffre corroboré par des sources onusiennes. Sur place, l’ampleur des destructions et l’état des corps rendent les identifications particulièrement difficiles.
La question des responsabilités demeure entière. L’opération, revendiquée par le Pakistan qui affirmait viser des objectifs militaires, a touché un établissement de soins. Cette action a suscité la condamnation de plusieurs organisations humanitaires internationales, qui rappellent le statut protégé des infrastructures médicales en temps de conflit. Des appels ont été lancés en faveur d’une enquête indépendante pour déterminer les circonstances exactes de l’événement.
Pour Samira Muhammadi, le parcours a été marqué par l’exil et la précarité. Revenue d’Iran avec ses enfants il y a quelques mois, elle tentait de reconstruire une vie dans la capitale afghane. Son fils aîné, qui luttait contre sa dépendance, se trouvait dans le centre bombardé. Elle lui avait rendu visite peu avant l’attaque. La famille espérait son retour prochain.
Les perspectives de justice semblent néanmoins incertaines. Si la Mission des Nations unies en Afghanistan dispose d’un mandat pour documenter l’impact des hostilités sur les civils, ses investigations peuvent être longues. Les experts soulignent que les poursuites pénales internationales pour des frappes isolées, bien que constituant potentiellement des crimes de guerre, restent rares. L’histoire récente de conflits dans d’autres régions montre souvent une forme d’impunité pour ce type d’événements.
Dans un contexte de tensions persistantes entre Kaboul et Islamabad, où chacun rejette les accusations de l’autre concernant le soutien à des groupes armés, les familles des victimes expriment une méfiance à l’égard des processus bilatéraux. Elles placent leur espoir dans des mécanismes internationaux pour établir les faits. Samira Muhammadi, comme d’autres endeuillés, refuse le silence. Elle considère que rendre publique son exigence de vérité est un moyen d’honorer la mémoire des disparus et d’empêcher que de telles pertes ne se reproduisent.
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