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Une menace virale plane sur les camps de déplacés en RDC

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Dans l’est de la République démocratique du Congo, des centaines de milliers de personnes déplacées par les conflits vivent dans des conditions précaires, redoutant une contamination massive par le virus Ebola qui progresse dans la région.

En République démocratique du Congo, l’épidémie de la maladie à virus Ebola, déclarée le 15 mai dernier, s’étend rapidement. Plus de mille cas suspects ont été recensés, parmi lesquels 246 décès ont été confirmés par les autorités sanitaires. Le pays, l’un des plus démunis au monde et en proie à des violences armées récurrentes, voit le virus gagner du terrain, notamment dans la province de l’Ituri, située dans le nord-est.

Cette région, épicentre de l’épidémie et théâtre de troubles persistants, abrite près d’un million de personnes déplacées. À Kigonze, un camp de fortune installé en périphérie de Bunia, la capitale provinciale, la peur d’une propagation incontrôlée du virus est omniprésente. « Si Ebola arrive ici, nous serons anéantis, car nous vivons entassés », confie Dorcas Mapenzi, une habitante du camp interrogée sur place. L’Organisation mondiale de la Santé a récemment alerté sur la situation, évoquant un « choc catastrophique entre maladie et conflit » dans l’est du pays, où la riposte sanitaire peine à suivre le rythme de la contagion.

Le site de Kigonze, construit en 2018, accueille plus de 25 000 personnes. À ce jour, aucun cas d’Ebola n’y a été détecté, mais les conditions de vie suscitent les plus vives inquiétudes. « Nous n’avons aucune hygiène. Nos enfants jouent à côté de latrines sales et se soulagent parfois au milieu des bâches qui nous servent d’abri », raconte Dorcas Mapenzi, tout en lavant son linge dans une bassine posée à même le sol. Déborah Nzale, veuve et mère de famille, partage un abri de trois mètres carrés avec neuf personnes. « Comment nous protéger contre cette maladie alors qu’on nous parle de distanciation sociale ? », interroge-t-elle.

Le virus actuellement en circulation, de la souche Bundibugyo, ne dispose ni de traitement spécifique ni de vaccin. Les autorités sanitaires misent donc sur le respect des gestes barrières et la détection rapide des cas pour enrayer sa progression. Mais dans les camps, ces mesures semblent difficilement applicables. « Nous dormons les uns sur les autres, avec la transpiration des corps. Si une seule personne est contaminée ici, tout le monde mourra », redoute Déborah Nzale.

Aucun matériel de protection n’a encore été distribué aux déplacés de Kigonze. Une simple affiche placée à l’entrée du camp rappelle que « Ebola tue réellement ». « Des sensibilisateurs passent avec des messages, mais nous n’avons pas les kits nécessaires pour nous protéger », déplore Budjo Amos, un autre résident ayant fui les violences communautaires. Il ajoute : « Le plus urgent, c’est de nous donner de l’eau propre. » Le camp ne dispose que d’un seul forage, dont l’eau ne coule que quelques heures par jour.

La province de l’Ituri compte près de 61 sites de déplacés, abritant plus de 970 000 personnes, selon le gouverneur militaire de la région, le lieutenant général Johnny Luboya Nkashama. « Il faut déployer le plus rapidement possible du matériel et du personnel soignant qualifié pour éviter une catastrophe », a-t-il insisté. Jeudi, le ministre de la Santé est arrivé à l’aéroport de Bunia, fermé depuis samedi aux vols non humanitaires. Il a reconnu que les déplacements de population constituent « un facteur de risque important » pris en compte dans la stratégie de lutte.

Les autorités congolaises sont critiquées pour leur réaction jugée tardive face à l’épidémie, déclarée plusieurs semaines après l’apparition des premiers cas. De nombreux hôpitaux de la région manquent encore d’équipements essentiels, notamment de tentes d’isolement pour les malades.

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