Monde
Une géographe française arpente la frontière coréenne à pied


En parcourant les cinq cents kilomètres du sentier de la paix, la chercheuse Valérie Gelézeau a mené une enquête sensible sur la division de la péninsule, à l’écart des approches académiques traditionnelles.
À proximité immédiate de la zone démilitarisée qui scinde la Corée, un itinéraire pédestre serpente sur cinq cents kilomètres. La géographe française Valérie Gelézeau a choisi de l’emprunter pour appréhender la réalité de cette frontière par une expérience corporelle. Cette démarche, qu’elle qualifie d’haptique, privilégie le ressenti et la rencontre au hasard du chemin sur les méthodes d’investigation conventionnelles.
Le parcours, inauguré à l’automne 2024, constitue une portion d’un sentier plus vaste ceinturant le territoire sud-coréen. La chercheuse l’a effectué en trente-quatre étapes, étalées sur une année, menant ce qu’elle nomme une enquête mobile. Elle a ainsi conversé avec une centaine de personnes croisées sans procéder à des entretiens formels, une approche qu’elle assume comme impressionniste.
Cette immersion a donné lieu à un essai et fait l’objet d’une présentation dans une exposition parisienne consacrée aux frontières. Le récit de cette traversée révèle un espace complexe, un mille-feuille territorial où se superposent les strates de l’histoire et les réalités militaires. La zone frontalière, loin de se résumer à une simple ligne, forme une région épaisse aux contrastes saisissants.
La géographe emploie le terme de cacotopie pour décrire ce paysage spatial, un bazar où des panneaux menaçants voisinent avec des infrastructures touristiques évoquant des parcs d’attractions. Elle souligne les paradoxes environnementaux d’une zone parfois présentée comme un sanctuaire naturel, mais dont les sols portent encore les stigmates des conflits passés et de l’emploi d’agents chimiques.
L’expédition s’achève à un observatoire dédié à l’unification, où des visiteurs viennent se recueillir pour les familles séparées depuis la guerre. Une anecdote y résume les méprises persistantes. Un visiteur âgé croit discerner au loin le drapeau nord-coréen. Un employé doit le corriger. Il s’agit en réalité d’un pavillon sud-coréen signalant un risque d’incendie. La frontière demeure à la fois une cicatrice, une ligne de front et, pour certains, un lieu de mémoire et d’espoir.





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