Économie
TotalEnergies sous le feu des critiques lors de son assemblée générale
La réunion annuelle des actionnaires du géant pétrolier se tient dans un climat tendu, entre contestations écologistes et débats sur les profits records.
L’assemblée générale de TotalEnergies s’est ouverte vendredi dans une atmosphère de défiance marquée par les critiques des associations environnementales et les polémiques sur ses bénéfices. Le PDG a défendu ses résultats en affirmant qu’ils ne tombaient « pas du ciel », tout en mettant en avant les ristournes à la pompe très appréciées des consommateurs. Pour la troisième année consécutive, le groupe a choisi d’organiser cet événement dans sa tour du quartier d’affaires de La Défense, un lieu plus facile à sécuriser que la capitale où des affrontements entre forces de l’ordre et militants écologistes avaient eu lieu par le passé.
Les mesures de sécurité étaient particulièrement strictes, avec l’interdiction des téléphones portables, la présence de nombreux vigiles et un portique anti-métaux à l’entrée, sans oublier un dispositif policier aux alentours. Avant la réunion, une action visuelle s’est tenue sur le parvis de La Défense pour dénoncer le soutien financier et politique dont bénéficie le groupe, à l’appel des associations Attac, Avaaz, 350 et Action Justice Climat Paris. Plus tard, le Parti communiste français a convié ses sympathisants à manifester devant le siège de TotalEnergies contre la hausse des prix des carburants, conséquence du conflit au Moyen-Orient.
Porté par la flambée des hydrocarbures, le groupe a enregistré un bénéfice de 4,96 milliards d’euros au premier trimestre, soit une augmentation de 51% sur un an, relançant le débat sur une éventuelle taxation des superprofits. Après une proposition de loi socialiste en ce sens, le sénateur Yannick Jadot et son groupe écologiste ont annoncé le dépôt d’un autre texte visant à faire revenir l’État au capital de l’entreprise, afin de préserver la souveraineté énergétique nationale. La gauche accuse le groupe d’être un profiteur de guerre, tandis que le PDG conteste que ses bénéfices tombent du ciel et défend son effort conséquent à travers le plafonnement des prix des carburants dans ses stations, une initiative bien accueillie par un gouvernement aux marges de manœuvre limitées. Le dirigeant a déploré un débat politique parfois exacerbé et outrancier.
Au-delà du contexte politique, l’enjeu principal de l’assemblée porte sur le vote de l’extension de la limite d’âge du président de 70 à 75 ans et celle du directeur général de 67 à 70 ans. Patrick Pouyanné, qui cumule ces deux fonctions depuis 2014 et a été reconduit en 2024 pour trois ans, est aujourd’hui âgé de 62 ans. L’attention devrait également se concentrer sur la stratégie de transition énergétique du groupe, critiqué pour ses projets d’expansion dans les énergies fossiles malgré les alertes des scientifiques du GIEC sur le réchauffement climatique, accélérateur des phénomènes météorologiques extrêmes.
Trois associations, Les Amis de la Terre France, ClientEarth et Notre Affaire à Tous, ont signalé à l’Autorité des marchés financiers certaines déclarations du groupe liées au climat susceptibles de tromper les investisseurs. En 2023, TotalEnergies annonçait consacrer 30% de ses investissements à de nouveaux projets pétroliers et gaziers d’ici 2030, mais ce chiffre est passé à 35% en 2026. Parallèlement, la part des investissements dans l’électricité intégrée et les molécules bas carbone ne cesse de diminuer. Les associations dénoncent également une résolution proposant l’entrée au conseil d’administration de Slawomir Krupa, directeur général de Société Générale, soulignant que la banque n’a cessé d’augmenter ses financements dans le secteur fossile.
En mars dernier, TotalEnergies a opéré un revirement important en reconnaissant, dans son rapport climat, ne pas être en mesure d’atteindre son objectif de neutralité carbone en 2050, compte tenu des trajectoires énergétiques actuelles. Le groupe a inscrit à l’ordre du jour un débat sur ce rapport, mais il ne donnera pas lieu à un vote consultatif des actionnaires, contrairement à ce qui s’était passé en 2024.
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