Culture
Stellan Skarsgård défend un cinéma à déguster, à l’heure du tout-streaming


L’acteur suédois, nommé pour la première fois aux Oscars, compare son art à la « slow food » et plaide pour une industrie plus diverse, loin de l’uniformisation des plateformes.
Pour Stellan Skarsgård, une œuvre cinématographique se savoure. À l’image d’un plat élaboré qui nécessite du temps et de l’attention, un film mérite, selon lui, d’être découvert dans une salle obscure et de vivre par le bouche-à-oreille. Cette philosophie, qu’il rapproche du mouvement « slow food », guide sa vision à contre-courant d’une industrie dominée par la diffusion immédiate et la consommation rapide.
L’acteur, âgé de soixante-quatorze ans, est en lice pour l’Oscar du meilleur second rôle grâce à sa performance dans « Valeur sentimentale ». Il y incarne un réalisateur au caractère difficile, en conflit avec sa fille, rôle tenu par Renate Reinsve. Skarsgård, père de huit enfants dont plusieurs sont comédiens, admet avec humour que sa vie familiale l’a préparé à camper ce personnage égocentrique. Le film du Norvégien Joachim Trier, qui a connu un parcours remarqué en salles avant toute mise en ligne, illustre parfaitement son credo. Il voit dans sa longue carrière en salle et son succès grandissant la preuve qu’un film peut mûrir et trouver son public sans le matraquage promotionnel habituel.
Le vétéran du cinéma, dont la filmographie dépasse les cent cinquante rôles, profite de cette reconnaissance pour porter un regard critique sur les mutations d’Hollywood. Il observe avec inquiétude la concentration des studios, les rachats et la montée en puissance des géants du streaming. Cette uniformisation des contenus, estime-t-il, représente une menace directe pour la diversité artistique. Pour lui, l’essence du septième art réside dans la pluralité des regards et des origines des créateurs, ainsi que dans l’expérience collective que procure le grand écran.
La sélection actuelle des Oscars, marquée par une forte présence internationale avec des films comme « Valeur sentimentale » ou « L’Agent secret », lui semble aller dans le bon sens. Il salue l’élargissement géographique des membres de l’Académie, qui contribue selon lui à briser le provincialisme passé de la cérémonie. Cette ouverture est, à ses yeux, une condition nécessaire pour préserver le cinéma en tant que bien culturel précieux pour la société.
Couronné à Cannes et aux Bafta, « Valeur sentimentale », avec ses neuf nominations, incarne ce cinéma d’auteur et contemplatif que Skarsgård appelle de ses vœux. Alors que la cérémonie approche, l’acteur suédois reste un défenseur fervent d’un modèle où les films, tels de bons repas, se partagent et se recommandent pour leur qualité intrinsèque, loin des logiques de flux continu.





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